Consultations de sortie de crise : Tout est suspendu au 22 décembre


Discours à la Nation

Rien avant le 22 décembre 2009. La situation politique est restée figée, Tandja Mamadou a définitivement tourné le dos à toute perspective consensuelle de sortie de crise. Alors même que la communauté internationale, depuis l’ouverture des consultations à Bruxelles le 8 décembre dernier, a attendu des gages fermes pour un retour au dialogue, Tandja Mamadou a plutôt opté pour la fermeture. Le signal clair dans ce sens a été donné par le pouvoir de Niamey à travers le message à la Nation du Président Tandja à la veille de l’ouverture de la campagne électorale des élections locales.

Le 8 décembre dernier pourtant, à l’issue des consultations entre le gouvernement du Niger et la délégation de l’Union Européenne, il était clairement ressorti que Tandja Mamadou devait reporter la date des élections locales pour donner quelques garanties de négociations en vue de favoriser un processus électoral avec la participation de tous les acteurs. Tandja Mamadou n’a rien voulu lâcher. Il n’a point voulu s’inscrire dans l’esprit des consultations du 8 décembre dernier de Bruxelles. Les revendications pour l’ouverture des négociations à Niamey exprimées par le camp présidentiel contre la proposition de la CFDR qui veut des discussions à Abuja, ne constituent qu’un prétexte.

A présent, le médiateur de la CEDEAO, le général à la retraite Abdul Salami Abubakar a saisi la profondeur du problème. Il n’y a plus de négociations possibles. Le médiateur de la CEDEAO a bouclé ses valises, il a annoncé le report des négociations prévues pour démarrer le mercredi 16 décembre dernier à une date sine die. Très diplomate, Abdul Salami n’a pas voulu faire le moindre commentaire sur la situation de blocage. L’impossible entente entre les deux parties sur un même lieu de discussions a constitué le point de rupture des négociations, se contente t-on seulement d’annoncer du côté de la médiation.

Toutefois, il faut dire que le problème est plus profond que la seule divergence sur le lieu du rendez-vous des discussions. Tandja Mamadou est resté intransigeant, jusqu’au bout il n’a manifesté aucune inflexion favorable aux négociations. L’ouverture de la campagne pour les élections locales alors même que l’ensemble de la communauté internationale a formulé un appel aux discussions inclusives, a constitué une preuve matérielle que Tandja Mamadou est resté totalement étranger aux recommandations de la communauté internationale.

Que reste-t-il à faire ?

Il n’y a plus aucune perspective jusqu’à la date butoir du 22 décembre prochain qui correspond à la fin du mandat constitutionnel de Tandja Mamadou. D’ici là, Tandja va gérer seul avec désormais le seul soutien de son lieutenant, le président du Mouvement Patriotique pour la Défense de la Nation et du Peuple (MPDNP). Courant mois de novembre déjà, alors même que l’opinion nationale et internationale s’attendait à l’annulation des élections législatives pour laisser la porte ouverte aux négociations, comme l’indiquaient la CEDEAO, l’Union Africaine et l’Union Européenne et l’ensemble des chancelleries occidentales, la cour constitutionnelle a validé les résultats des législatives le 11 novembre, quelques heures après l’annonce faite par le président du mouvement patriotique. Tandja Mamadou est resté sourd à l’appel de la communauté internationale. Le mardi 15 novembre dernier, on est resté dans la même logique. La délégation de l’Union Européenne a attendu des gages d’ouverture aux négociations, dans une déclaration au cours de son meeting du mardi 15 décembre le président du mouvement patriotique a appelé Tandja Mamadou à poursuivre le processus électoral engagé. Contre toute attente, et alors même que les partis de la mouvance ont effectué quelques jours auparavant une démarche auprès de Tandja Mamadou pour obtenir le report des élections locales, il va prononcer l’ouverture de la campagne électorale des élections locales du 27 décembre prochain. Tandja Mamadou a opté pour la marche forcée jusqu’au 22 décembre malgré tous les appels à l’apaisement.

L’opposition politique CFDR maintient la pression, notamment avec le meeting du samedi 13 décembre où elle a appelé au départ de Tandja Mamadou le 22 décembre prochain, les partis de l’AFDR suivent la mort dans l’âme. Dans cette situation totalement tendue, il faut dire que Tandja Mamadou ne parvient même pas à s’assurer le soutien des partis de sa mouvance AFDR. En fin de la semaine dernière, les partis de l’alliance au pouvoir ont tenu une réunion à l’issue de laquelle une délégation conduite par le chef des partis de l’alliance, le président de l’Assemblée Nationale Seyni Oumarou a demandé à Tandja Mamadou le report de la date du 27 décembre des élections locales. Cette démarche n’avait pas directement lien avec le contexte de crise politique. Pour les responsables politiques de l’entourage de Tandja Mamadou, il s’agissait de permettre aux partis politiques, sortis épuisés et laminés des élections législatives du 20 octobre, de mieux se préparer pour faire face au coût financier de la campagne électorale des élections locales. Cette initiative des partis de la mouvance présidentielle pouvait pourtant constituer un enjeu politique pour Tandja Mamadou qui en reportant les élections ménagerait ses alliés, mais surtout il réalise aussi un coup médiatique en laissant croire qu’il s’est engagé dans l’esprit des recommandations de la rencontre de Bruxelles du 8 décembre. Maladresse politique ou défi à l’endroit de tous les leviers du pouvoir au niveau national et international, Tandja a préféré le passage en force, il a préféré parier qu’il pourra gérer seul avec le mouvement patriotique sans le soutien des partis de son alliance. Des partis politiques qui manifestent de plus en plus une certaine frilosité dans le soutien à la politique de Tandja.

Clivage dans le camp présidentiel

En tout cas, les partis de l’alliance présidentielle ont marqué leur distance du mouvement de soutien le mardi 15 décembre dernier à Niamey. Marche suivie de meeting annoncée par le président du mouvement patriotique, la marche et le meeting de Tandja Mamadou devaient charrier tous les acteurs de la refondation, les acteurs de la société civile, notamment les scolaires et les partis politiques. Le mardi 15 décembre dernier, le mouvement de Nouhou Arzika était loin d’engranger la mobilisation escomptée. Les élèves mobilisés depuis la veille à travers des assemblées générales dans tous les établissements scolaires publics avaient fait une sorte de service minimum. Les grands absents de la manif étaient surtout constitués des structures des partis politiques, MNSD de Seyni Oumarou, RSD de Cheiffou Amadou, RDP de Hamid Algabid, etc.

A Niamey, le mouvement patriotique est sorti dans sa taille réelle, une manifestation juste pour une organisation de la société civile, ce que faisait ORCONI ou le mouvement contre la vie chère avant le 15 mars 2005. Au niveau des états-majors des partis politiques de l’alliance, on n’a point voulu jeter les troupes dans un mouvement qui est désormais perçu comme une organisation adverse. En fait au niveau de la mouvance présidentielle, il faut dire qu’il y a une réelle lutte de leadership entre la branche des partis politiques tirée par Seyni Oumarou du MNSD et le mouvement citoyen tiré par Nouhou Arzika. Les deux franges ne sont plus sur la même longueur d’onde et Tandja Mamadou a plutôt tendance à donner la primauté au cartel des structures de la société civile dirigé par Nouhou Arzika. Le mardi 15 décembre 2009, les partis politiques ont voulu marquer leur différence. Le timing de la manifestation a été revu à la baisse, il n’y a point eu de marche à Niamey. Les ligues des jeunes scolaires et quelques rares militants brandissant quelques couleurs des partis se sont contentées d’un meeting à la place de la concertation. La manif du mardi n’a pourtant pas totalement échoué. Si les rangs étaient plutôt lâches à Niamey, à l’intérieur du pays les gouverneurs des régions et les chefs traditionnels se sont largement investis pour sauver la mise au soutien pour Tandja Mamadou.

La refondation tient désormais sur une fragile alliance difficilement managée. Jusqu’au 22 décembre elle aura réussi un gros pari. Après le 22, elle peut prendre le dessus sur la CFDR pour s’attaquer à un autre problème, gagner le retour des bailleurs de fonds pour se défaire d’un autre boulet : celui de la morosité financière.

Ibrahim Elhadj dit Hima

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