Ouverture des négociations sur la crise politique au Niger: Les vrais acteurs hors-jeu


Mamadou Tandja Président de la République

Issoufou et Ousmane

Hama Amadou

Le lundi 21 décembre 2009 se sont ouvertes les négociations en vue de trouver une solution à la crise politique qui a divisé depuis le 4 août 2009 la classe politique nigérienne. Ce sont 50 acteurs de la classe politique et de la société civile de la Coordination des Forces Démocratiques pour la République et ceux du pouvoir qui se sont donnés rendez-vous dans la salle du Palais des congrès de Niamey pour discuter et trouver une solution au problème politique du Niger.

Les négociations actuelles se déroulent sous l’égide du médiateur désigné par la conférence des chefs d’Etat de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) tenue le 17 Octobre dernier, le Général Abdul Salami Abubakar, ancien président du Nigeria.

Ces discussions s’ouvrent à un moment où le Président de la République Mamadou Tandja est arrivé à terme de son second et dernier mandat constitutionnel le 22 décembre 2009. Les responsables de l’opposition politique nigérienne ont rendu en conséquence une déclaration la même date pour rappeler à l’opinion nationale et internationale qu’ils ne reconnaissent plus le pouvoir de Tandja à partir du 22 décembre 2009. La veille de cette date, les autorités nigériennes ont mis en place un imposant dispositif de sécurité composé de plusieurs véhicules des forces d’intervention et de sécurité à savoir les FNIS, les gendarmes et la police nationale. Tout le long des grandes artères et les différents coins sensibles comme les marchés de la capitale ont été submergé dès la matinée du 22 décembre par des agents des forces de l’ordre. Avec cet important dispositif, le moindre mouvement de la population sera vite circonscrit.

Il faut rappeler que cette crise qui secoue actuellement le Niger trouve sa source dans le tripatouillage de la constitution du 09 août 1999 par le Président de la République Mamadou Tandja qui a conduit à sa remise en cause en organisant le 4 août 2009 un référendum controversé pour l’adoption d’une nouvelle constitution, celle de la 6ème République. Cette opération de remise en cause de l’ordre institutionnel normal du Niger a provoqué un tolet au niveau de la communauté internationale. Le Niger a été isolé des activités de toutes les institutions tant sous-régionales que régionales. Suspension au niveau de la CEDEAO, suspension de l’aide au développement de l’Union Européenne s’élevant à plus de 450 millions d’euros, interdiction des autorités de la 6ème République de prendre part aux rencontres internationales, etc.

Aujourd’hui, avec l’ouverture de ces négociations, l’espoir pointe à l’horizon avec une probabilité d’aboutir à une solution négociée à la crise politique nigérienne.

Mais ce qu’il faut surtout déplorer, c’est l’absence des acteurs au plus haut niveau concernés par la crise. Il s’agit côté gouvernement du Président de la République Mamadou Tandja qui est l’auteur principal du changement de la constitution et qui est resté figé sur sa position de bout en bout en continuant royalement à installer les institutions de la 6ème République pourtant contestée. C’est dans cet ordre d’idées qu’il a installé officiellement le 14 novembre dernier les 113 députés de l’Assemblée Nationale et projette d’organiser les élections municipales le 27 décembre 2009. Mais aussi les principaux leaders de l’opposition politique, Mahamane Ousmane, président de la CDS-Rahama, Hama Amadou, leader du tout nouveau parti, le MODEN Lumana après son éviction de la tête du MNSD-Nassara et M. Mahamadou Issoufou, président du PNDS-Tarayya. Il faut dire que ce dernier a fait preuve de courage puisqu’il est descendu à Niamey alors qu’il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international contre lui. Bien que le pouvoir de Niamey a assuré le médiateur du retrait de toutes les poursuites judiciaires engagées contre ces trois personnalités, leurs partisans estiment que les conditions pour leur participation à ces négociations ne sont pas réunies.

Mais avec les acteurs en présence au niveau du Palais des congrès, peut-on espérer un retour à l’ordre constitutionnel normal ? La question reste posée. D’autant plus qu’aucun d’entre eux ne peut signer un quelconque accord sans préalablement requérir les avis des patrons au sommet. Du côté du gouvernement, Seïni Oumarou, ancien Premier Ministre et actuel Président de l’Assemblée Nationale contestée, peut-il, sans l’avis du Président Tandja Mamadou, prendre des engagements ? Sachant qu’à la conférence des chefs d’Etat qui s’est tenue à Abuja en novembre, le même Seïni Oumarou a rassuré les chefs d’Etat que rien ne peut être engagé pour modifier la constitution du 09 août 1999. La suite, tout le monde la connaît, le Président Tandja a procédé unilatéralement à la modification de la constitution, à la dissolution de la cour constitutionnelle et à l’organisation des élections législatives le 20 octobre 2009. Seïni Oumarou, peut-il faire plier les responsables présents de l’AFDR pour qu’ils remettent en cause la lutte qu’ils ont engagée pour un retour à la 5ème République et la remise en cause pure et simple de la 6ème République. Ce serait en tout cas trop osé. Que dire maintenant des responsables de l’AFDR comme Cheiffou Amadou, Hamid Algabid qui n’hésiteront pas à se ranger du côté du Président Tandja pour ne pas donner satisfaction aux membres de la CFDR. Il y a aussi, le président du mouvement patriotique, Nouhou Arzika. Celui-là, depuis longtemps a démontré à la face du monde qu’ils ne reculeront devant rien et que les institutions de la 6ème République resteront intactes.

Du côté de l’opposition CFDR, les Bazoum Mohamed, Pierre Foumakoye, Abdou Labo peuvent-ils, sans la présence des trois leaders cités plus haut, prendre une décision qui les engage ? La probabilité d’aboutir à cette hypothèse est moindre. A moins que nous assisterons à une téléconférence à laquelle prendront part les principaux responsables, le Président Tandja, les trois leaders de l’opposition Mahamadou Issoufou, Mahamane Ousmane et Hama Amadou, il faut dire que les vrais acteurs de la crise politique nigérienne n’ont pas pris part aux négociations. Les acteurs en présence ne parviendront certainement pas à accorder leurs violons pour la seule et unique raison qu’ils ne sont pas acteurs fondamentaux qui doivent s’asseoir pour trouver une solution à la crise politique nigérienne.

Comme il fallait s’y attendrait, les négociations ont pris dès le 3ème jour, une tournure indescriptible. Des déclarations en rang dispersé des représentants du pouvoir au sein des négociations. Chacun de son côté fait ce qu’il veut.

Ibrahim Amadou

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