Exécutif nigérien : Malaise au sein du gouvernement


Premier Ministre Ali Badjo Gamatié

La semaine dernière la délégation gouvernementale au dialogue inter nigérien s’est donnée en spectacle aux yeux du monde. Il a suffi d’un communiqué anodin de la commission de la CEDEAO, disant que l’institution a pris acte de la fin du mandat légal du Président Tandja Mamadou à la date du 22 décembre 2009, conformément à la constitution du 9 août 1999, pour que la chienlit s’installe dans le camp du pouvoir. L’équipe gouvernementale se mettra ainsi brutalement en mouvement en guise de protestation, jugeant déloyal le communiqué de la CEDEAO, qui n’était pas pour faciliter la tâche au niveau des négociations engagées avec l’opposition sous l’arbitrage du général ABDUSALAMI qui lui-même a été commis par la CEDEAO, selon le chef de la délégation M. Seïni Oumarou.

Mais auparavant, l’ancien ministre de la communication M. Ben Omar Mohamed, acteur de première heure du mouvement de la refondation est déjà monté au créneau sous un ton somme toute virulent pour annoncer en tant que membre de l’équipe du pouvoir leur retrait du dialogue, tant que la CEDEAO ne reconsidère pas sa position. Dans la même lancée, le ministre de la justice garde des sceaux, M. Garba Lampo, lui, annonçait la réactivation des mandats d’arrêt internationaux lancés contre les trois principaux leaders de l’opposition, bien que la suspension de ces dossiers judiciaires ait été négociée au niveau des préalables des négociations avec le médiateur. Au niveau du palais des congrès où le Général Abdul salami a établi son quartier général pour le dialogue, la tension monta d’un cran et le camp du pouvoir n’arrivait pas à s’entendre sur une position commune, certains d’entre eux prêchant la méthode forte et la croisade contre les institutions internationales et d’autres plus modérés appelant à la sérénité et à la poursuite des négociations. Finalement la raison l’emporta sur la fougue. Tard dans la soirée, le gouvernement finira par adopter une position plus amène et plus raisonnable qui sera livrée par le ministre de la communication, porte parole du gouvernement, Moctar Kassoum. Il dira par la même occasion que le gouvernement reste dans les négociations. Ce qui a été dit ailleurs n’engage pas l’Etat. On apprendra par la suite que le 1er ministre a écrit à Seïni Oumarou qui conduit la délégation du pouvoir pour lui signifier que les mandats d’arrêt contre les trois personnalités demeurent suspendus. Aussi M. Garba Lampo se verra suspendu de l’équipe des négociations par le président Tandja pour sa bourde et pour semble-t-il lui éviter l’amalgame d’être à la fois juge et partie en tant que ministre de la justice garde des sceaux. Tout en se pliant à l’injonction de ses patrons, M. Lampo continue à soutenir que «force doit rester à la loi» et en tant que ministre de la justice, il a le devoir de veiller pour qu’il en soit ainsi.

Crise larvée au sein du gouvernement

Dans la réalité, les malentendus qui caractérisent l’approche du gouvernement dans ce dialogue tirent leur source du malaise qui traverse l’exécutif depuis la nomination du nouveau premier ministre. Parachuté à la primature dans ce contexte de refondation, Alio Badjio Gamatié peine à imprimer ses marques à son équipe. Les tazartchistes pensent qu’il n’a pas pris une part active dans le mouvement de la refondation et qu’à ce titre il doit se garder de vouloir jouir d’une certaine autorité, surtout qu’il n’est pas chef de gouvernement. Le Premier ministre lui ne l’entend pas de cette oreille. Il veut jouer pleinement son rôle de Premier ministre en s’affranchissant de la tutelle des partis politiques.

En effet, un duel sourd, mais de plus en plus manifeste, oppose le Premier Ministre Ali Badjo Gamatié à la frange politique de la refondation et à l’écrasante majorité des membres du gouvernement qu’il a hérité de l’ancien Premier ministre. La tension est vive et l’on se demande qui remportera ce duel qui prend de plus en plus l’allure d’une crise au sein du gouvernement.

Disons que le premier ministre a jusqu’ici remporté le combat. Il avait donné le ton en envoyant promener la cohorte des conseillers et chargés de missions laissés par son prédécesseur, le président du MNSD-Nassara. Ali Badjo Gamatié rentrera aussi en hostilité avec des ministres de son équipe et pas des moindres : le Ministre d’Etat Albadé Abouba, un proche du président Tandja et qui se targue d’être au centre de la refondation, la ministre des affaires étrangères Aïchatou Mindaoudou du cercle des intouchables du président Tandja ainsi que le Ministre de l’Economie et des Finances Mahamane Ali Lamine Zeine. Le dernier avec qui il a engagé des hostilités ouvertes fut le ministre de la justice Garba Lompo. A tous, il reproche ou leur incompétence, ou leur zèle, ou leur insubordination dans la gestion de la crise politique actuelle. Un autre front ouvert par Ali Badjo Gamatié est celui des partis politiques de la refondation. Il n’a pas fait mystère de sa position lors d’une rencontre récente avec les leaders de ces formations politiques de former un gouvernement si jamais le président Tandja le lui demandait, sans tenir compte de la fourchette de partage qui a toujours prévalu. Gamatié soutiendra qu’il fera appel à n’importe quel nigérien sans considération de coloration politique, s’il remplit les critères pour rentrer au gouvernement. L’approche a fâché plus d’un leader. Et depuis lors, les contacts se multiplient. Le locataire de la primature auquel a fait appel le président Tandja est un élément dangereux pour la refondation, s’exclame-t-on dans les rangs de ces formations politiques. Les partisans de la refondation, défavorables à une inflexion dans le dialogue inter-nigérien vont s’insurger contre l’attitude de celui qui est désormais perçu comme un intrus dans le royaume de la refondation. Tiendra-t-il dans cette mare de crocodiles prêts à l’écrabouiller. Rien n’est moins sûr. Ali Badjo Gamatié a ouvert beaucoup de fronts. Isolé, son seul soutien reste limité au Mouvement Patriotique pour la Défense de la Nation et du Peuple de Nouhou Arzika qui est aussi en disgrâce auprès de la classe politique de la refondation. Le combat sera rude pour Gamatié qui doit dans cette mare boueuse des vieux routiniers de la politique qui ont enfanté le monstrueux tazartché avoir tout l’appui du Président Mamadou Tandja. Ce qui n’est pas aussi évident, car, les mêmes politiciens savent mieux que quiconque, les louanges qu’il faut chanter au vieux pour avoir sa caution et sa bénédiction. Ce que ne sait pas faire le Premier ministre, qui a vite cru qu’il était dans le Niger normal qu’il a laissé en 2003 lorsqu’il fut nommé vice gouverneur de la BCEAO. Enfin, l’erreur fatale que vient de commettre Gamatié et que certains acteurs de la refondation exploitent à satiété est son absence remarquée aux élections locales du 27 décembre 2009. Pendant que certains proches du Premier ministre soutiennent qu’il est parti en mission d’Etat et qu’il devait rencontre le Président Abdoulaye Wade du Sénégal afin de le convaincre de plaider le cas du Niger au prochain sommet de la CEDEAO prévu se tenir le 08 janvier 2010, d’autres, par contre, rapportent qu’il a entrepris un voyage privé pour se soustraire à l’exercice du vote à ces élections.

Quoiqu’il en soit, les hostilités sont ouvertes entre le Premier Ministre et l’écrasante majorité des thuriféraires du Tazartché. L’approche est totalement différente. Gamatié veut son gouvernement à lui sans partage, portant ses marques personnelles, et fait semblant d’afficher un profil favorable au dialogue en déclarant être capable de sacrifier son fauteuil et veut d’une politique audacieuse avec plein pouvoir de Chef de gouvernement alors que la refondation, c’est un langage, un discours, une démarche inflexible, le culte du Président de la République, des offensives et des vertes permanentes contre les opposants et les institutions internationales qui rappellent à l’ordre. Toute une machine à laquelle ne saurait s’adapter visiblement le vice-gouverneur de la BCEAO.

Remaniement ministériel imminent

Dans tous les cas, selon des informations concordantes, l’équipe gouvernementale sera changée dans les prochains jours. Si Gamatié est maintenu à la Primature, il aura toute la liberté de constituer un gouvernement en contrariant les intérêts des partis politiques de la refondation. Par contre, si l’essentiel de l’équipe actuelle est maintenue, il faut s’attendre au débarquement du Premier Ministre de son fauteuil primatural au profit certainement d’une aile dure de la refondation.

Yahaya Garba

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