Crise politique au Niger : Qui finance le coup de force de Tandja ?


La question peut paraître séditieuse si elle n’a pas été suscitée par le Ministre porte-parole du gouvernement. Le samedi 2 janvier 2010, le Ministre de la communication Moctar Kassoum faisait le point sur la tenue des dernières élections locales du 27 décembre 2009, l’aboutissement du processus du chronogramme électoral qui a débuté avec le référendum du 04 août 2009. Un satisfecit général exprimé par le Ministre porte-parole du gouvernement. Le Niger est parvenu à réaliser toutes ces élections sur fonds propre, a-t-il indiqué. C’est surtout ce dernier aspect qui pouvait intéresser le gouvernement du Niger.

Le gouvernement n’a pas cherché, il n’a pas attendu un appui extérieur pour financer ses élections. Un coût important qui pouvait se monter en moyenne à 4 milliards de francs CFA par scrutin, a indiqué le Ministre porte-parole du gouvernement. Il faut aussi noter dans la même veine, le financement de la reprise du fichier électoral. Tout cela, le gouvernement l’a réalisé sans le moindre copeck de l’Union Européenne, du gouvernement américain ou du PNUD, contrairement aux précédents scrutins.

Qui pouvait financer le chronogramme électoral de Tandja Mamadou ?

C’est cette question que le Ministre porte-parole du gouvernement bataillait pour réprimer. Elle était là pourtant, insidieuse et insistante. Qui pouvait financer le référendum du 04 août, les élections législatives et les élections locales du 27 décembre dernier ? C’est une question de souveraineté nationale, disait déjà le Ministre d’Etat Albadé Abouba, lors d’une des précédentes réunions du CNDP lorsqu’il annonçait les dispositions prises par le gouvernement pour le financement de la reprise du fichier électoral. L’opinion nationale était encore loin du plan Tazartché. Du côté du gouvernement, l’idée était déjà là. La reprise du fichier électoral, le chronogramme électoral en particulier le référendum, tout cela était pour Tandja Mamadou. Quel partenaire pouvait mettre son argent dans cette affaire ?

Quand les choses se sont nettement précisées, quand Tandja Mamadou a clairement exprimé que lui aussi est nigérien comme les autres potentiels candidats, et qu’à ce titre, il ne doit pas quitter pour céder la place à un autre, unanimement au niveau national et international la réaction a été la même. Ce n’est pas une affaire de je suis aussi nigérien ou j’ai plus de compétence. Il s’agit plutôt du respect du principe constitutionnel, c’est-à-dire le respect des règles de jeu démocratique édictées par la constitution nationale et les instruments de conventions internationales. Il est le meilleur et le plus compétent, le premier mandat de Tandja Mamadou était pourtant resté totalement vide. Tandja était resté totalement absent de la scène publique tout le long de son premier mandat tout comme pendant les deux premiers tiers de son second mandat. Tandja Mamadou comme chef de l’exécutif animant la machine de l’Etat n’est apparu qu’avec le départ du gouvernement de son Premier Ministre Hama Amadou.

Ce n’est pas une question de compétence ou de nigériénneté, Tandja a voulu planifier son coup de force, reprendre le pouvoir non par le biais de son grand MNSD qui l’a porté au pouvoir. Il a voulu de ce pouvoir à lui et qu’il voudrait prendre en dehors des règles constitutionnelles. Peu importe la procédure ou la formule, un coup d’Etat, un coup de force ou un référendum forcé.

Les partenaires extérieurs disent niet

Ce mode d’accès au pouvoir n’a jamais eu la faveur des institutions démocratiques. Lorsque la cour constitutionnelle présidée par Fatoumata Bayèze a invalidé le processus du référendum et que Tandja Mamadou l’a dissoute, on n’était rentré de plain-pied dans le processus du coup de force. La réaction de tous les partenaires extérieurs a été très ferme, Tandja Mamadou doit renoncer à son projet anti-constitutionnel. Comment alors pour Tandja Mamadou s’attendre au versement d’une contribution extérieure. Le gouvernement a financé toutes les élections, comme l’a indiqué le Ministre porte-parole du gouvernement. Cette déclaration ne tient en rien, elle n’a pratiquement aucun objet. Quel pays ou quelle institution pouvait financer un coup d’Etat ou un coup de force ? Le référendum du 04 août était un pur artifice, un habillage pour donner un visage civilisé au coup de force. Il va ouvrir la porte à d’autres échéances électorales, législatives et locales, qui vont tirer leur légitimité non pas de la volonté populaire, mais du coup de force de Tandja Mamadou. Tandja l’a voulu et ça a été fait.

Où sont passés les bonus miniers ?

Il n’y a pas eu beaucoup de débats là-dessus à l’Assemblée Nationale. Il n’y a pas eu non plus une nette visibilité de ces ressources financières sur les différents budgets nationaux.

L’Union Européenne, la France, les Etats-Unis n’étaient pas dans le processus de la prolongation du mandat et les différents scrutins ont été tenus. C’était cela le défi qu’a voulu relever le gouvernement de Tandja Mamadou. Cela pouvait renvoyer à une autre question : s’il n’y avait pas de bonus miniers, est-ce que la refondation de Tandja Mamadou se serait assise ? Rien n’est moins sûr. 4 milliards de francs CFA en moyenne par scrutin, a indiqué le Ministre porte-parole du gouvernement. Il ne s’agit là encore que des frais indicatifs. Les mouvements populaires commandés dans toutes les régions, les départements et les communes urbaines et rurales, les facilitateurs, les propagandistes du Tazartché, les avocats, tous ces commis et publicistes de la reforme constitutionnelle et de la prolongation du mandat de Tandja constituent un gros paquet de factures qu’il faut solder. Il est vrai que certains hauts commis devaient prendre place dans l’appareil du gouvernement, mais ça laisse toujours une grosse marge de service à règlement financier.

La refondation ou la prolongation du mandat de Tandja Mamadou, ça a été une affaire de gros sous. Sans conteste, les ressources minières ont fortement été mises à contribution sur toute la ligne dans le processus. L’affaire de la refondation apparaît comme une affaire extrêmement pernicieuse sur plusieurs aspects. Elle vient plomber tout le processus démocratique avec des institutions à faible assise qui tôt ou tard vont être démontées. D’autre part, dans l’hypothèse ou toute cette refondation devait être cassée, elle aurait emporté toutes les masses financières tirées des négociations minières conclues par le gouvernement du Niger avec les chinois, AREVA et les autres compagnies de prospection. Dans l’immédiat, il faut déjà calculer avec le gel de tous les appuis financiers extérieurs, Union Européenne, gouvernement américain, mais aussi les pertes nettes des investissements privés du fait de l’instabilité et du peu de garantie qu’offre le climat des affaires dans un contexte de turbulence politique majeure.

C’est tout cela le coût de la refondation. Ce sont toutes ces déperditions des ressources financières importantes qui ont financé le processus électoral de Tandja Mamadou.

Ibrahim Elhadj dit Hima

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