Dialogue inter nigérien : Retour à la case départ


Les pourparlers sur la crise politique nigérienne née du référendum du 04 août 2009 tardent encore à reprendre. Le Médiateur de la CEDEAO, le Général Abdul Salami Abubakar, de retour à Niamey depuis le 9 janvier dernier est soumis à des navettes entre la présidence de la République et son Quartier Général basé au Palais des congrès de Niamey, où il a reçu séparément les deux protagonistes de la crise pour pouvoir avancer dans le dossier. Visiblement les démarches piétinent du fait de l’intransigeance du Chef de l’Etat qui revient en force avec un préalable, la reconnaissance de la 6ème République et tous les actes y afférents !

Alors qu’on s’attendait à ce que les choses reprennent normalement avec de grandes avancées, après la suspension du dialogue inter nigérien, pour raison de fêtes de fin d’année, tout semble revenir à la case départ. Le dialogue s’est planté peut-on dire. Point de consensus, comme on s’y attendait, sur un ordre du jour précis malgré les propositions transmises par les deux délégations au Médiateur. Le Général Abdul Salami se trouve dans l’impasse et cherche encore désespérément un point de départ aux négociations. Entrevue avec le président Mamadou Tandja en présence du Premier Ministre Ali Badjo Gamatié avant de recevoir les deux protagonistes de la crise, le lundi après-midi. Toujours aucune avancée. Selon les informations qui circulent dans les milieux politiques du dialogue inter nigérien, le Médiateur a réussi à élaborer une feuille de route axée sur une transition consensuelle dont le contenu, la durée et les contours vont être déterminés par les acteurs de la crise. Une proposition qui, manifestement, a irrité le Chef de l’Etat, à en croire certains membres de son entourage. Mamadou Tandja restera inflexible et ferme. Le démarrage de négociations doit être assorti de la reconnaissance de la 6ème République et du bonus de trois ans qu’il s’est offert à travers la Constitution du 18 août 2009, condition sine qua non à l’aboutissement d’un consensus, aurait indiqué Mamadou Tandja au Médiateur. Pour le reste, le Chef de l’Etat propose un arrangement.

L’arrangement de Tandja

Selon des informations concordantes et persistantes, le président Mamadou Tandja qui a reçu le médiateur de la CEDEAO, a écarté toute éventualité de faire marche arrière. Pas question d’abandonner la 6ème République. Pas de retour à la 5ème République et pas de passage non plus à une 7ème république. Une position que du reste, Tandja a toujours soutenue depuis le déclenchement de cette crise. La Proposition de transition du médiateur est balayée d’un revers de main par le Chef de l’Etat. La seule concession, semble-t-il, que Mamadou Tandja est prêt à faire, c’est de concéder 47 places de députés à l’opposition. Sur quelle base ? Peut-être que ces 47 députés seraient nommés, en lieu et place de ceux élus sous la bannière de la 6ème République le 20 octobre 2009. Tandja offrira aussi gracieusement 50% des membres du gouvernement à l’opposition mais maintient la Primature. Il est prêt aussi selon les mêmes sources à offrir 50% des membres du sénat et à ouvrir les autres institutions à l’opposition.

On parle de plaisanterie et d’absurdité au niveau de la CFDR qui trouve la proposition purement scandaleuse. Selon un des responsables de la CFDR, cela conforte les thèses qu’ils ont toujours développées quand ils affirment que Monsieur Mamadou Tandja n’a aucune volonté de dialoguer. En tout cas, de dialogue, le Président Tandja, n’en fera pas cas au cours de la cérémonie de présentation de vœux de nouvel an devant les responsables des institutions de la République, le mardi 12 janvier 2010. Au contraire, comme pour dire que le consensus n’est pas pour demain, il invitera les nigériens au sacrifice face à l’éventualité de la batterie de sanctions financières qui risquent de s’abattre sur le pays. Soufflant le chaud et le froid, Mamadou Tandja va, contre toute attente, afficher le mercredi 13 janvier 2010 devant les membres du corps diplomatique, un optimisme sur le dialogue inter-nigérien.

Les réunions se multiplient au sein de la CFDR et du MPRR

Après l’épisode de suspension du Ministre de la justice, Garde des Sceaux de la délégation du MPRR défendant la 6ème République, au dernier jour de la suspension de séance du dialogue inter nigérien, c’est au tour de la Coordination des Forces pour la Démocratie et la République (CFDR) de mettre de l’ordre dans ce qui est perçu comme un dérapage dans ses rangs. La période de suspension a, en effet, connu quelques débordements qui ont été vite contrôlés, pendant que dans les milieux du pouvoir on percevait des divergences profondes au sein de l’opposition au régime de la 6ème République.

Les quelques dérapages observés au cours de cette période creuse mais d’intenses réunions et concertations ont été gérés sans grand tapage. Des mesures de retrait de certains délégués aux négociations ont été prises. Ainsi Abdoul Aziz Ladan du MONSADEM a été retiré suite à une intervention malencontreuse faite sur les médias par rapport à des consultations qu’auraient eu des partis politiques de la refondation et ceux de la CFDR pour parler du partage du pouvoir. Le doyen, le vieux Amadou Madougou de l’UDR-Tabbat qui a péché pour s’être présenté aux élections municipales du 27 décembre 2009 rejetée et boycotté par la CFDR dont il est membre de délégation au dialogue inter nigérien, a été également suspendu. Des mesures qui semblent n’avoir pas du tout atteint la sérénité et la cohésion au sein de la CFDR qui s’est encore réunie le mercredi pour harmoniser ses positions.

Pendant ce temps quelques malaises traverse le camp de la refondation. Au sein du Mouvement Populaire pour la Refondation de la République (MPRR) la méfiance s’est installée entre les partis politiques de la refondation et certaines organisations de la société civile. Le Chef de la Délégation du MPRR, M. Seïni Oumarou, président du MNSD-Nassara qui affiche des prédispositions à un certaine ouverture et à un règlement politique de la crise, est mal perçu par le président du MPDNP, Nouhou Arzika qui conteste la conception de certains partis politiques de la refondation et de ce qu’il a appelé ‘’les arrivistes’’ qui s’attendent au partage. Les divergences qui opposent les deux responsables du MPRR se manifestaient encore au cours de la première phase du dialogue inter nigérien. Il semble que les distances se sont encore largement agrandies après la suspension des pourparlers, où le MPRR avait beaucoup de difficultés à se réunir et à dégager une position commune, car deux camps se font désormais face à face.

Le seul dénominateur commun de cette délégation est la 6ème République et le président Tandja qui semble tirer les ficelles en sourdine. Du reste, certaines proches de la refondation rapportent à ce sujet qu’une délégation du MPRR a rencontré récemment le Chef de l’Etat Mamadou Tandja pour lui faire part des propositions transmises par les partisans de la refondation au Médiateur de la CEDEAO. Mamadou Tandja n’a, semble-t-il, n’a affiché aucun intérêt au discours développé par certains de ses partisans qui manifestement ne font pas preuve de rigidité sur la défense de la 6ème République.

Les mêmes sources indiquent que certains membres de la délégation du MPRR auraient présenté le Chef de délégation Seïni Oumarou comme un conciliateur pouvant reculer en faisant des concessions significatives. Certains ne cachent même pas leur désir de le voir décharger de ses charges de chef de délégation. Des contradictions qui ne manqueront pas encore d’émailler le dialogue à la reprise des travaux.

En tout cas, tout porte à croire que le jeudi 14 janvier 2010, il est attendu la reprise du dialogue conjoint. Mais d’ores et déjà, les informations qui circulent par rapport à la position de Tandja ne laisse guère percevoir de grands espoirs sur une sortie de crise. Les chances sont minces et l’on se demande sur la carte qu’utilisera le médiateur pour faire avancer les choses qui visiblement sont revenues à la case départ alors que le Général Abdul Salami voulait faire avancer le dossier après ces congés de fête. Pour l’instant, on n’en est pas encore à la rupture, mais la lassitude et le dégoût commencent à gagner certains acteurs et peut-être même le Médiateur.

Laoual Sallaou Ismaël

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :