DECLARATION CFDR DU 17 JANVIER 2010


La crise politique survenue au Niger suite à la décision de Monsieur Mamadou Tandja de rester au pouvoir par la force a fait l’objet, on se souvient, d’un des points les plus importants de l’ordre du jour du sommet des chefs d’Etat des pays membres de la CEDEAO, tenu le 17 octobre 2009 à Abuja. Ce sommet a désigné le Général Abdulsalami Abubakar comme médiateur de la CEDEAO pour le Niger en vue d’instaurer un dialogue politique pour créer les conditions d’une sortie de crise consensuelle.

Ce Dialogue a débuté le 21 décembre 2009. Pendant les quelques rares séances plénières qui ont eu lieu, la délégation de la CFDR à ce dialogue a fait preuve de sérieux et de disponibilité. En revanche, la délégation du pouvoir a créé toutes sortes d’écueils, imposant au Médiateur de recourir à des suspensions répétées et des réunions restreintes. Les difficultés à fixer un ordre du jour consensuel ont fini par imposer au Médiateur de demander aux deux parties de faire, par écrit, leurs propositions de sortie de crise. Cette décision fut judicieuse, car elle permettait d’aller à l’essentiel tout en gagnant du temps.

Ainsi les deux parties déposèrent-elles leurs documents de propositions de sortie de crise, le samedi 26 décembre 2009.

Le document de la CFDR fait d’abord un rappel des faits survenus en 2009 qui démontre que le référendum du 4 août 2009 n’est rien moins qu’un coup de force institutionnel et que toutes les institutions qui en sont issues sont, par conséquent, illégales. Il démontre que la sixième République est juridiquement inexistante et que seule la constitution de la cinquième République existe légalement. Or la raison d’être de la CFDR est de lutter pour le retour à l’ordre constitutionnel normal, c’est-à-dire en l’espèce, forcément à la cinquième République. Mais le document poursuit en disant que malgré cela, le sens des responsabilités commande à la CFDR une approche consensuelle de sortie de crise, qui ne soit pas nécessairement ce qu’elle aurait voulu, si légitime soit-il.

Dans sa deuxième partie le document de la CFDR décline ses propositions de sortie de crise basées sur le principe de la mise en place d’un pouvoir consensuel de Transition dont le préalable est la fin de la sixième République et de toutes les institutions illégales qui la constituent. Ainsi doivent être mises en place des institutions consensuelles regroupant tous les Nigériens et dont les deux principales missions seraient de rédiger une nouvelle constitution consensuelle et d’organiser des élections présidentielles, législatives et locales inclusives. A travers ces propositions, la CFDR entend faire en sorte que, tout en conférant à la loi son autorité et au droit sa suprématie, notre pays renoue, au moyen d’un compromis absolument nécessaire, avec sa tradition d’institutions consensuelles et crédibles, gage de sa stabilité et de son développement.

Le mardi 29 décembre 2009, le Médiateur a convoqué une réunion restreinte des deux délégations. A cette occasion il les a informées du fait qu’il n’a pas encore achevé son document de synthèse, qu’il ne pourra, par conséquent, distribuer qu’à son retour du Nigeria, au début du mois de janvier 2010. Toutefois leur a-t-il demandé de bien vouloir envisager le principe d’un pouvoir de transition et les a convié à réfléchir, avant son retour, sur la durée de la Transition ainsi que des institutions qui en constitueront l’architecture.

A son retour d’Abuja il a demandé et obtenu le lundi 11janvier 2010, une audience auprès de Monsieur Tandja afin de s’assurer de son accord quant à ses propositions. Celui-ci n’a pas usé de circonvolutions pour lui dire qu’il ne consentira aucune concession et que rien ne peut s’envisager en dehors de la sixième République et de ses institutions.

Monsieur Tandja reprendra les mêmes propos, le mardi 12 janvier, dans son message des vœux aux institutions de la République. Il saisira d’ailleurs l’occasion pour demander aux citoyens de s’attacher la ceinture et de faire face avec « détermination » aux défis liés à la « refondation », eu égard aux difficultés financières en perspective. Il a, manifestement, oublié les assurances qu’il donnait aux citoyens, il n’y a pas si longtemps, selon lesquelles il dispose d’importantes quantités d’argent pour faire face à toutes les éventualités. Son porte-parole n’avait-il pas annoncé, à ce sujet, que le pays deviendra, sous trois (3) ans, rien moins que le Dubaï de l’Afrique ?

Le discours de Monsieur Tandja du 13 janvier, devant le corps diplomatique, est de la même veine patriotique, assorti de surcroît, de menaces à l’égard de ceux qui « s’ingèrent » dans les affaires intérieures du pays. Il semble que l’isolement diplomatique grave dans lequel il a confiné le pays ne lui suffit pas !

La cause est, donc, entendue. Cela n’est pas une surprise. Mamadou Tandja et ses zélateurs n’ont jamais fait mystère de leur hostilité au dialogue et de leur intention de ne lui donner aucune chance de réussir. Mais qu’il le dise, sans détour, au Médiateur et qu’il le répète, à l’occasion d’une cérémonie aussi solennelle, comporte l’avantage de la clarté.

Cela n’a, toutefois, pas empêché le Médiateur d’appeler, le jeudi 14 janvier les représentants des deux délégations, pour leur remettre le document de ses propositions de sortie de crise. Il leur a fait part de son intention de quitter le Niger pour quelques jours et leur a demandé de lui faire parvenir leurs observations respectives avant le 26 janvier, tout en

promettant que le dialogue reprendra, éventuellement, le 3 février prochain.

Mais, dans la mesure où ces propositions du Médiateur sont articulées autour de l’idée d’un gouvernement intérimaire d’union nationale et d’un pouvoir de transition, en vue d’organiser des élections générales à une date à déterminer au cours du Dialogue, postulant de fait la fin de la sixième République, l’on n’a pas besoin d’être devin pour savoir ce qu’en pense Monsieur Tandja.

La CFDR, comme à son habitude, enverra au Médiateur ses propositions, après une réflexion responsable. Toutefois, elle considère que les Nigériens ne doivent se faire aucune illusion quant à l’issue de ce Dialogue, qui n’a, en vérité, jamais eu lieu.

C’est pourquoi la CFDR demande à ses militants et à tous les démocrates de se préparer pour une lutte résolue et déterminée, afin de faire échec au projet de Monsieur Tandja d’exposer les Nigériens à la détresse et aux souffrances, juste pour que lui et les siens continuent, tels des sangsues, à parasiter notre pays.

Dans son discours des vœux aux institutions de la République, Monsieur Tandja a fait un aveu de taille, car plus que quiconque, lui, sait ce qu’il en coûtera au pays de se priver des concours financiers de ses principaux partenaires. En effet c’est une enveloppe de près de mille milliards de francs, sur les cinq années à venir, qui sera compromise. Or, elle représente l’essentiel des investissements publics de l’Etat, dans les secteurs de l’éducation, de la santé, des infrastructures routières et hydrauliques, du développement rural et de la lutte contre la pauvreté. Certaines rubriques de sa composante « appui budgétaire » sont, même, destinées à payer des salaires.

Par ailleurs, la CFDR réaffirme à tous ses militants et à tous les Nigériens que son objectif unique pour lequel elle se bat est de restaurer la démocratie. Jamais, elle ne transigera cet objectif, pour quelque motif que ce soit ; surtout pas, le motif du pouvoir pour le pouvoir. Du reste, bien des partis composant la CFDR étaient au pouvoir, dans des positions notables pour certains, quand ils l’avaient quitté, au nom de la Démocratie.

La CFDR prend à témoin l’opinion nationale et internationale du fait, qu’outre d’avoir été l’unique responsable de la crise dans laquelle il a engagé notre pays, Mamadou Tandja, par son obstination, son autisme et le peu de souci qu’il a pour la paix et la stabilité du pays, est l’unique responsable de l’échec du Dialogue voulu par la communauté internationale et soutenu par la grande majorité des Nigériens.

Au lendemain de l’Accord historique que viennent de signer les acteurs guinéens, sous l’égide de la médiation de la CEDEAO, comment ne pas rendre hommage au Général Sékouba Konaté, âgé seulement de 45 ans, pour son patriotisme et son sens élevé de l’honneur et plaindre Mamadou Tandja, qui, à 72 ans et après 10 années de pouvoir acquis démocratiquement, est déterminé à s’accrocher, même au risque du pire.

La CFDR exhorte tous les Nigériens à une grande mobilisation en vue de mettre fin à cette aventure dangereuse, aux desseins funestes.

Enfin la CFDR exprime sa compassion au peuple frère d’Haïti endeuillé par le tremblement de terre du 12 janvier 2010 et lance par la même occasion un appel à la solidarité à l’ensemble du peuple nigérien en ces circonstances particulièrement difficiles.

Vive la CFDR

Vive la Démocratie

Vive le Niger

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