Après le «sacrifice» de Tandja : La suspension du système de «journée continue» crée la polémique !


Le conseil des ministres du lundi 18 janvier dernier a pris une décision abrogeant la loi portant sur le système de journée continue dans toutes les administrations publiques de notre pays pour manque de productivité et de rentabilité. Jugé inefficace comme l’ancien système à deux descentes- midi et soir-, il y a de cela quatre ans, il fera place malheureusement à l’ancien système jugé inefficient et improductif.

Dès le 20 janvier, les travailleurs nigériens sont entrés aux services sur la base de ce changement, soit de 7h 30 à 12 h le matin et 15h à 18 le soir.

Au lendemain du Conseil des ministres, le président Tandja a rencontré les secrétaires généraux des différents services publics pour leur faire part de sa volonté de remettre les Nigériens au travail, de dépolitiser l’administration et le sens de sa nouvelle décision. Bien entendu, des ordres ont été donnés aux différents responsables pour détecter les agents qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas, «compétents» ou «incompétents» et surtout ceux qui osent faire la politique.

Quand on sait la tension qui caractérise les rapports entre les travailleurs regroupés au sein de l’Intersyndicale des travailleurs du Niger (ITN) contre le tazartché et le gouvernement, il est légitime de demander si le pouvoir ne cherche pas noise à travers cette mesure aux travailleurs qui refusent la remise en cause de la démocratie et de l’Etat de droit. Ce qui risquerait d’envenimer le climat peu serein au point de plonger le pays dans un lendemain incertain.

Déjà, le «sacrifice» prôné par Tandja a suscité une vive polémique au niveau des travailleurs qui perçoivent à travers cet appel, comme on dit dans le langage militaire, une «préparation des troupes» face aux souffrances éventuelles inhérentes à la suspension de l’aide financière par la communauté internationale qui attendent les travailleurs nigériens.

Manifestement, ça va chauffer ! Comme le dit un DJ ivoirien, car les travailleurs risquent de ne pas cautionner l’attitude du régime dont ils ont maille à en découdre depuis l’annonce de l’entreprise funeste de tazartché de M. Tandja Mamadou.

Réagissant à la nouvelle situation, le Secrétaire général de la Confédération Démocratique des Travailleurs du Niger (CDTN) Issoufou Sidibé a estimé que ‘’la décision du Conseil des ministres manque totalement de pertinence, en ce sens que cette décision de remise en cause de la journée continue répond à tout, sauf à un souci de productivité’’. Selon lui, ‘’la solution de facilité que le gouvernement a trouvée consiste à perturber le fonctionnement des services en vue de trouver des boucs émissaires parmi les travailleurs qu’il jettera à la porte, pensant opérer des réductions sur la masse salariale et pallier ainsi le manque à gagner sur les ressources financières extérieures compromises’’. «L’alibi de remettre les Nigériens au travail qui sous-tend cette décision gouvernementale n’est qu’un faux fuyant. Le vrai problème du gouvernement, c’est son incapacité à assurer les salaires régulièrement au regard de la situation politique qu’il a lui-même créée», a-t-il soutenu.

Même réaction du côté de la Confédération générale des syndicats libres (CGSL) et bien d’autres agents de l’État qui ne comprennent pas les vrais motivations de ce changement brusque et inopiné, qualifiant la décision d’anormale, cavalière et unilatérale.

En tout cas, le chef de l’État a été clair à l’égard des travailleurs qui s’adonneront à la politique au détriment du travail qu’il veut insuffler pour le développement du pays, à l’endroit de qui il proférait des menaces de sanctions.

Le système de journée continue, c’est un rappel, a été institué dans les services publiques et même privés, en guise d’expérimentation, en 2007, par le gouvernement en vue de rehausser l’efficacité et l’efficience de l’administration nigérienne gangrenée par l’absentéisme et le retard au service. Après une rencontre avec les cadres centraux de l’administration en mars 2006, le président Tandja et son dauphin à l’époque Hama Amadou, ont ordonné à la ministre de la Fonction publique et du travail de mettre en place un comité de suivi et un cahier d’enregistrement d’absences et de retards.

Aujourd’hui après trois ans d’expérimentation, le chef de l’État réveille les nerfs devant l’échec du système et pense insuffler une autre nouvelle dynamique avec paradoxalement ce retour en arrière. Mais qu’est-ce qui a véritablement conduit les technocrates à balayer un système déjà en marche dans beaucoup de pays africains qu’ils ont estimé rentable face à l’ancien système de journée à deux descentes qui a montré ses limites ? Si réellement le système a failli, c’est peut-être quelque part parce que le gouvernement n’a pas bien fait son travail. Ainsi, aucun travail d’évaluation prévue suite à la mise en expérience de ce système de journée continue n’a été officiellement fait. Devant donc l’échec des deux systèmes de travail et l’improductivité de l’administration, il faut chercher les motifs de cette inefficacité et inefficience ailleurs. Soit le système administratif en lui-même est défaillant, soit les hommes font leurs propres calculs, soit les agents manquent totalement de compétence. En tout cas, des trois choses, l’une.

C’est vrai que depuis sa mise en expérimentation, le système de journée continue a suscité beaucoup de controverse, notamment au niveau de certains travailleurs qui trouvaient que les heures de repos et de descente ne correspondant pas du tout aux horaires de rentrée et de descente des classes des enfants. Ce qui, du coup, oblige le fonctionnaire ayant des enfants à l’école à beaucoup plus de dépenses, outre celles occasionnées déjà par la restauration et la gestion du ménage avec un salaire de consommation. Certains y ont trouvé par contre ce système une aubaine puisque le temps de repos permettra au travailleur dont le salaire est morose de vaquer à d’autres occupations en vue de «joindre les deux bouts». «En octobre 2009, le gouvernement avait initié une réflexion avec les travailleurs en vue d’apprécier ce principe de journée continue. Les pertinentes recommandations issues de ces réflexions ont suggéré le maintien de la journée continue au regard des performances constatées en matière de rendement», a indiqué M. Sidibé.

Les recommandations issues des réflexions ont suggéré le maintien de la journée continue qui a été élargie à l’école depuis la dernière rentrée scolaire. Des solutions aux problèmes de transport des travailleurs, de leur restauration sur leurs lieux de travail ainsi que l’harmonisation du temps de classe des élèves au temps de travail des parents ont été trouvées.

Mamane Abdou

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