Crise politique nigérienne : Le dialogue bat de l’aile


Ça grouille fort au sein du gouvernement pour définir une position commune et consensuelle sur la base du document de synthèse du dialogue inter nigérien. Depuis le jeudi 14 janvier dernier, du côté de l’opposition CFDR comme du gouvernement dont la position est exprimée par le mouvement patriotique pour la refondation de la République, MPRR, le chassé-croisé de réunions et consultations a désormais libre cours. Comme gérer les propositions exprimées le jeudi 14 janvier par le médiateur de la CEDEAO, le Général Abdul Salami Abubakar ? Comment répondre aux propositions avancées ? Quelle ligne de conduite tenir, du côté du MPRR, sans pour autant aller dans une direction contraire aux consignes non écrites de Tandja Mamadou ?

Tout le problème pour le camp présidentiel, réside dans cette difficulté à appréhender très clairement ce qui peut être la position nette de Tandja Mamadou. On dit que le Président Tandja Mamadou ne parle pas, il ne discute pas ses points de vue, il a très peu d’écoute pour ses conseillers… Mais il faut pourtant pour le gouvernement et l’alliance MPRR être suffisamment subtile et savoir identifier ce qui doit être la position de Tandja. Pour l’instant, le camp présidentiel a élu domicile pour ses réunions de consultation dans la salle de la commission des affaires financières de l’Assemblée Nationale et les concertations s’enchaînent à longueur de journées sans que la moindre position nette ne soit encore clairement déterminée depuis le jeudi 14 janvier quand Abdul Salami Abubakar a porté à la connaissance des différentes parties le document récapitulatif des différentes propositions et la synthèse qui doit être l’ébauche de la feuille de sortie de crise.

On n’est pas d’accord ! On ne peut pas accepter ça ! C’est la seule note qui filtre régulièrement pour l’instant des réunions du MPRR dans la salle de la commission des affaires financières. Un «on n’est pas d’accord » net exprimé par la voix du stentor de Nouhou Arzika du Mouvement patriotique pour la défense de la nation et du peuple, une structure membre du MPRR.

Par où sortir ?

Rien n’est encore définitivement dégagé en terme de solutions. Pour l’instant, on n’est encore à quelques pistes de prospection pour tenter de réunir sur une base commune les deux positions éloignées de la partie gouvernementale et de l’opposition CFDR. Au terme des dernières consultations engagées depuis son retour à Niamey le 9 janvier dernier après les cérémonies de funérailles au Nigeria, le médiateur de la CEDEAO a communiqué aux participants au dialogue inter nigérien quelques éléments de propositions émanant des différentes parties.

Côté gouvernement, il y a certes un gros préalable : la reconnaissance des institutions de la 6ème République. L’unique proposition concerne la participation de l’opposition à la gestion de l’Etat, c’est-à-dire au sein du gouvernement. A ce sujet, on apprend aussi l’accord par Tandja Mamadou de partager moitié – moitié les portefeuilles ministériels avec l’opposition CFDR. Rien pour l’instant n’est cédé sur la question de la constitution ainsi que les élections législatives et locales. Le calendrier électoral reste comme prévu : présidentielles dans 3 ans soit en 2012, législatives en 2014 et municipales en 2015. A très court terme, le parachèvement des élections locales avec les départementales et les régionales en 2010.

Il s’agit, il faut le dire, de la position régulièrement affichée par la partie gouvernementale depuis le départ. Rien n’a changé par rapport à l’option de l’immuabilité de la 6ème République défendue par le camp présidentiel.

Du côté de l’opposition CFDR, on lâche l’option du retour automatique à la constitution de la 5ème République et on tente de faire quelques avancées en optant pour une transition sous une administration partagée avec Tandja Mamadou. Mais une présidence diminuée d’une large part de son pouvoir. Tandja garde ses fonctions de chef de l’Etat, mais avec des pouvoirs protocolaires, un gouvernement d’union nationale regroupant les différentes parties, partis politiques et sociétés civiles avec à sa tête un chef de gouvernement. Aux fonctions législatives, la CFDR propose la mise en place d’un conseil de transition qui ne sera pas l’Assemblée Nationale actuelle, mais une instance composée de personnalités politiques et de la société civile de différentes sensibilités. Une nouvelle cour constitutionnelle, une nouvelle commission chargée de rédiger le projet de la future constitution et du nouveau code électoral, une nouvelle commission électorale nationale indépendante, un nouveau conseil supérieur de la communication, constituent d’autres éléments de propositions de la CFDR qui tablent bien sûr sur la détermination d’une période transitoire consensuelle et l’établissement d’un chronogramme électoral global pour les présidentielles, les législatives et les locales.

A mi-chemin entre les deux séries de propositions, le médiateur de la CEDEAO a retenu la nécessité d’ouvrir une période transitoire, la mise en place d’un gouvernement d’union nationale dirigée par un technocrate. Une autre particularité des propositions faites par Abdul Salami, c’est la nouvelle mouture de l’Assemblée Nationale dont l’effectif sera porté à 160 membres avec 47 sièges pour la partie opposition CFDR. Ici aussi, il s’agit d’une petite avancée concédée par Tandja Mamadou et qui a été reprise par le Général Abdul Salami Abubakar. Accorder 47 sièges de députés à l’opposition, faut-il aller à des élections partielles pour élire les 47 députés supplémentaires au sein d’un collège électoral composé des partis de l’opposition, ou est-ce que Tandja Mamadou va les nommer de façon discrétionnaire ? Rien de très précis à cette cocasse affaire qui ressemble à une sorte de programme spécial du Président Tandja Mamadou.

Rendez-vous est pris avec les différentes parties pour renvoyer au médiateur de la CEDEAO d’ici le 26 janvier prochain les notes d’observation sur la base de sa synthèse. La reprise des rounds des pourparlers est prévue à partir de 4 février prochain. Globalement, les discussions doivent déboucher sur un document de propositions définitives avant le 18 février, date de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO qui doit apprécier les résultats de la médiation conduite par Abdul Salami Abubakar.

En attendant, si l’opposition CFDR continue à jouer le jeu, elle reste surtout méfiante quant à l’issue des discussions. Les nigériens ne doivent se faire aucune illusion quant à l’issue de ce dialogue, a indiqué la CFDR dans une déclaration rendue publique le dimanche 17 janvier dernier. Une allusion claire à l’immobilisme de la partie gouvernementale qui ne manifeste encore aucune intention de bouger de ses positions traditionnelles. Tandja Mamadou et ses zélateurs n’ont jamais fait mystère de leur hostilité au dialogue et de leur intention de ne lui donner aucune chance de réussir, a prévenu la CFDR dans sa sortie du dimanche 17 janvier dernier. Même si aucune déclaration officielle n’a sanctionné les propositions du médiateur de la CEDEAO, les signaux envoyés par le camp présidentiel à ce sujet n’ont rien de rassurant.

Plus fermement opposé à toute concession, le président du mouvement citoyen Nouhou Arzika, dans sa dernière intervention du lundi 18 janvier n’a pas manqué d’attaquer les propositions du médiateur de la CEDEAO qu’il a présentées comme une remise en cause de la constitution de la 6ème République. « Le dialogue ne doit pas se substituer au peuple nigérien pour définir de nouveaux textes qui vont régir le pays. Quel est le culot de ces gens ? », s’est interrogé Nouhou Arzika à propos des participants au dialogue et du médiateur de la CEDEAO. Il a ainsi fixé le camp et le groupe du pouvoir se déchire à trouver une position défendable.

Pour sa part, Tandja Mamadou semble aussi ne pas regarder vers une sortie apaisée à la crise et un retour à la normalité. Il continue d’annoncer des perspectives difficiles et un retour à l’austérité, appelant les nigériens à serrer la ceinture et au sacrifice.

A moins d’un heureux retournement de la situation, il n’y a rien de très rassurant en perspective sur l’issue des négociations qui, pour l’instant, ont de sérieux plomb dans l’aile.

Ibrahim Elhadj dit Hima

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