La refondation promet d’être difficile : La désillusion


‘’La refondation de la République’’ voulue et imposée par Mamadou Tandja à travers l’avènement de la très controversée 6ème République ne finira pas de surprendre les nigériens. Chaque jour qui passe réserve ses mirages, ses rebondissements, ses illusions et malheureusement aussi ses désillusions, son désenchantement et ses revirements.

Alors que la ‘’refondation’’ promettait l’eldorado aux nigériens à travers grands chantiers, embellie économique, place de choix à la femme et aux jeunes, le Chef de l’Etat vient de faire un revirement des plus spectaculaires, en adoptant un profil bas et plus réaliste. En lieu et place du Niger paradisiaque qu’il promet dans les trois années à venir, il demande à tue-tête des sacrifices aux nigériens. Un désenchantement perceptible qui ne surprend guère les observateurs avisés qui donnaient dès les premiers jours du Tazartché des alertes sur les dangers que pourrait engendrer le forcing de Mamadou Tandja au pouvoir.

Les limites du forcing du Chef de l’Etat

Alors qu’on est qu’à seulement un mois de plain-pied dans la ‘’République refondée’’ de Mamadou Tandja que le pouvoir donne des signes d’essoufflement, quand aux imminentes épreuves de difficultés financières qui attendent le Niger, du fait de l’entêtement des autorités de Niamey de ‘’rectifier le tir’’, en faisant place à l’ordre constitutionnel normal. Le ton, pour le moins surprenant, a été donné à l’occasion de la cérémonie de présentation de vœux de nouvel an des présidents des institutions de la République au Chef de l’Etat. Mamadou Tandja estimant qu’ ‘’il serait illusoire de croire que le combat pour la refondation de la République est gagné du seul fait de l’adoption d’une nouvelle Constitution et de la mise en place des institutions qu’elle prévoit’’, appellera les nigériens à ‘’beaucoup de sacrifices’’. Un appel qui a fait frissonner plus d’un nigérien qui ont encore en mémoire les affres des sanctions infligées au Niger suite au coup d’Etat du Général Baré en 1996.

Et pourtant, rien que le 18 décembre dernier, Tandja semblait donner des garanties et des assurances par rapport à son opération de coup de force. Lui et ses partisans laissaient entendre que les nigériens n’ont rien à redouter face à d’éventuelles sanctions. Le régime a encore dans ses caisses au moins trois mois de salaires garantis, sans concours extérieurs. Le régime a aussi de quoi poursuivre les chantiers pour lesquels Tandja s’est maintenus au pouvoir. Qu’est-ce qui donne lieu alors à la panique dans les rangs du pouvoir quand on a toutes ses garanties de se passer des concours financiers extérieurs ? Le régime refondé de la 6ème République, s’est-il subitement rendu compte de l’absurdité de sa démarche au point d’alerter l’opinion et d’inviter les populations au sacrifice ?

Ce qui est sûr, à l’étape actuelle où le dialogue inter nigérien piétine, où les portes de sortie de crise se rétrécissent, les principaux bailleurs de fonds ne sont pas prêts à faire marche arrière. Du reste, ils n’ont pas fait mystère de leur position depuis les premières heures de tentative de remise en cause de l’ordre démocratique. L’Union Européenne, les Etats-Unis d’Amérique, certains pays européens et américains comme le Danemark, la Belgique, le Canada…, ont déjà engagé de mesures de restriction par rapport à leurs concours financiers dont les effets commencent à se faire ressentir en ce début d’année budgétaire où le budget adopté par le gouvernement pour l’année 2010 s’élève à plus de 700 milliards de FCFA.

Au total ce sont quelques 1000 milliards de FCFA de concours financiers destinés à construire des infrastructures routières, hydrauliques, sanitaires, scolaires et à lutter contre la pauvreté qui vont échapper au Niger, selon Mahamadou Issoufou, chef de file de l’opposition nigérienne. Le gap financier qui pourrait découler de l’intransigeance de Tandja à ne pas réviser sa copie est énorme ! C’est certainement la raison pour laquelle il appelle les nigériens au sacrifice et au travail, histoire de camoufler ses responsabilités face aux conséquences de la batterie des mesures qu’annoncent les partenaires au développement en cas de statu quo.

La situation est dure. Tandja en est apparemment conscient. Il commence à percevoir que si pour la raffinerie de Zinder et le complexe industriel et minier d’Imouraren, il semble ne pas avoir de problème, pour le barrage de Kandadji et le port sec de Dosso dont il faut encore chercher les financements, ces ouvrages risquent de réduire au stade du simple rêve.

Certes, le Premier Ministre Ali Badjo Gamatié et le Ministre de l’économie et des finances, grands connaisseurs des circuits financiers, sous-régionaux, continentaux et mondiaux continuent à parcourir le monde pour conjurer le sort, mais en vain. Les Missions d’explications effectuées par Ali Badjo Gamatié dans l’espace UEMOA d’abord, dans des pays de la CEDEAO ensuite et même au sein des pays du Maghreb n’ont encore rien produit de rassurant. Il semble que cette fois-ci, le locataire de la primature est en train de scruter l’horizon de l’Iran de Ahmadinejad où il s’apprête à s’y rendre dans les tous prochains jours.

Le réquisitoire de Tandja provoque une réaction énergique des travailleurs

Par ailleurs au cours de la même cérémonie de présentation de vœux, Tandja a beaucoup insisté sur le travail, parlant de renforcement de contrôles, des agents publics gagnés par la politique politicienne et de l’application de la loi dans toute sa rigueur. Un réquisitoire qui laissait transparaître l’embarras du Chef de l’Etat par rapport à la position en faveur du retour à l’ordre constitutionnel normal prise par les centrales syndicales regroupées au sein de l’Intersyndicale dans la crise politique actuelle qui secoue le Niger. Perçue comme une campagne d’intimidation voire une menace, les travailleurs nigériens se disent prêts à s’organiser et à se défendre face à ce qu’ils considèrent comme une dérive autoritaire. Déjà, rappelle un responsable syndicale, plusieurs entraves ont émaillé leur droit constitutionnel à la grève depuis le déclenchement de l’opération Tazartché. Le droit aux manifestations était aussi bafoué, mais rien n’a entamé la détermination des travailleurs nigériens à poursuivre le combat pour la restauration de la démocratie, souligne Issoufou Sidibé de la CDTN. En réalité, ce n’est pas de déficit de travail dont voudrait parler le président Tandja, car, plus que jamais, les travailleurs nigériens ont atteint des performances records. La santé des régies financières publiques, douanes, impôts, des secteurs de la santé, de l’éducation, et de bien d’autres sont là pour témoigner de l’abnégation des nigériens au travail. La raison essentielle de ce discours du Chef de l’Etat dirigé vers les travailleurs doit être plutôt cherchée dans les tâtonnements du gouvernement à chercher des boucs émissaires pour camoufler ses responsabilités par rapport au déficit qu’engendrerait un éventuel arrêt des appuis financiers des bailleurs de fonds.

En tout cas, les réactions à chaud des responsables syndicaux excluent tout sacrifice par rapport à une situation dont ils estiment ne pas être responsables.

Tandja se rappelle de l’opération main propre

S’il y a un passage qui a autant surpris et fait sourire les nigériens dans la réponse du Président de la République à l’occasion de la cérémonie de présentation de voeux de nouvel an aux présidents des institutions républicaines, c’est bien la question de la justice évoquée par Mamadou Tandja. ‘’La refondation de la République dans laquelle nous sommes résolument engagés, restera un leurre si la justice n’est pas égale pour tous les citoyens, si l’impunité continue à prospérer dans le pays’’, soutiendra Mamadou Tandja avant de lancer un appel solennel aux nigériens ‘’afin que tous les actes de corruption, de passe-droits, de détournement de deniers publics soient combattus par tous les moyens, y compris en usant de la dénonciation fondée sur des éléments objectifs’’. Plus que des dénonciations, l’on se rappelle qu’à l’instigation du Chef de l’Etat, des enquêtes ont été diligentées par des inspecteurs attitrés sur la gestion de certains sociétés et institutions de l’Etat, des révélations ont été également faites par la presse et l’opposition par rapport à la gestion des affaires minières dans notre pays, des inspections ont été minutieusement menées au niveau de toutes les communes rurales et urbaines du Niger dont certaines se sont révélées catastrophiques. Une Soixantaine de dossiers avaient été exhibés publiquement, en 2006, par l’ancien Ministre de la justice garde des sceaux Maty Elhadj Moussa sans qu’il y ait une suite probante. Les enquêtes parlementaires pertinentes de l’Assemblée nationale par rapport à la gestion du site aurifère de SAMIRA, de la SONITEL se sont révélées accablantes. Là aussi l’opération mains propres de Tandja Mamadou a montré toutes ses limites. Récemment encore, c’est le pèlerinage 2009 qui a grugé l’Etat d’une bagatelle somme de 2,5 milliards de FCFA. Les responsables courent toujours !

De quelle dénonciation a, alors besoin le Chef de l’Etat, face à un tableau si sombre et une réalité qui crève les yeux. La liste est loin d’être exhaustive et les nigériens ne se font plus d’illusions depuis le déclenchement de cette opération mains propres qui a donné l’impression de l’impunité dont jouiraient certains citoyens pour si peu qu’ils s’engagent dans le bateau la refondation.

L’enrichissement illicite et même l’enrichissement sans cause sont une réalité au Niger si on s’en tient au paysage urbain de la Capitale qui s’est profondément transformé avec des buildings en plein cœur de la ville qu’on attribue à des agents de l’Etat ; au cours particulièrement des deux mandats de Tandja. Au risque d’être un leurre, parce que maintes fois réitéré par le Chef de l’Etat dans ses messages à la Nation, il y a matière à poursuite s’agissant de la corruption, des détournements de deniers publics et autres infractions si et seulement si M. Tandja croit à l’assainissement de la gestion des ressources publics.

Laoual Sallaou Ismaël

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