Remise des Nigériens au travail : Les aveux d’échec du Président Tandja


Lors des présentations des vœux au Président Tandja par les patrons des Institutions de la sixième République, celui-ci a appelé les Nigériens, notamment les fonctionnaires, à consentir des sacrifices. Ce qui évidemment a soulevé un tollé dans l’opinion. Quelques jours plus tard, le même Tandja va interrompre soudainement le système de journée continue en vigueur dans les horaires de l’Administration publique et parapublique depuis 3 ans. Le lendemain de cette mesure déplorée par les principales centrales syndicales du pays, le Président Tandja va rencontrer les secrétaires généraux des Ministères. Là, il parlera de remettre les Nigériens au travail, ce leitmotiv qui lui était si cher lorsqu’il était à l’opposition. C’est encore récent pour échapper même aux mémoires de poule, le thème phare du candidat Tandja Mamadou à toutes les campagnes électorales auxquelles le MNSD-Nassara l’a proposé, a toujours été la remise au travail de ses concitoyens. A l’occasion, ses soutiens de l’époque n’hésitaient pas à exhiber le travail quelque peu forcé dans lequel Tandja a embrigadé les populations de Tahoua quand il était Préfet de ce département sous le Régime d’exception du CMS (Conseil Militaire Suprême de feu Seyni Kountché). Curieusement, quelques temps après son élection à la tête de l’Etat du Niger, Tandja a progressivement abandonné cette ligne directrice par laquelle il a su convaincre l’électorat de son pays au profit de nouveaux thèmes dont le fameux : « le Niger n’a rien d’autre à vendre que la démocratie ». En ces temps de crise politique et de suspension de Coopération avec le Niger, Mamadou Tandja dépoussière donc sa trouvaille porte-bonheur des moments difficiles. La réactivation du refrain : « remettre les nigériens au travail » s’apparente à un retour à la source et sonne comme un aveu d’échec tonitruant. Sinon, comment expliquer qu’après avoir délibérément abandonné ce qui visiblement ne lui sert qu’à mobiliser les nigériens pour son compte tout aussi électoraliste que populiste, Tandja y revienne après avoir maladroitement bravé la Communauté internationale ? Cela signifie : l’échec. Si en 10 ans d’exercice légal du pouvoir dans une stabilité extraordinaire Mamadou Tandja n’a pas réussi (selon lui-même) à fa ire travailler les agents de l’Etat comme il se doit, serait-ce dans un bonus de 3 petites années sur fond de crise politique et sociale aigues qu’il le fera ? L’affirmer, serait probablement de la myopie intellectuelle et mentale tout simplement. Si Tandja voulait véritablement voir les nigériens travailler pour développer le pays, allait-il regarder passivement la politique prendre le dessus sur toute autre question pendant près d’une année par les soins d’un Tazartché qu’il a vu naître et peut-être même inspiré ? Si les autorités politiques du Niger se souciaient de la fédération des intelligences, des forces, des initiatives et des efforts lorsqu’ils sont susceptibles de contribuer au développement du pays allaient-elles permettre que de grandes puissances donatrices, de pays amis et d’institutions qui, souvent, concourent au seul budget de l’Etat à hauteur de 50% soient vilipendés parce que défendant la démocratie ? Les derniers appels du Président de la République Tandja Mamadou ont fini par accroître les inquiétudes des citoyens qui constatent malgré eux que celui qu’ils avaient élu pour assurer leur bien-être n’a plus rien de nouveau à leur proposer dans ce monde en perpétuelle évolution. Un retour à la source peut être assimilé à l’utilisation du cimetière. Après une certaine période d’usage, il est courant qu’on revienne sur les premières tombes pour y enterrer les nouveaux cadavres parce que s’il faut à chaque fois créer de nouveaux cimetières on finira par transformer tout le pays en une gigantesque ville des morts. L’illustration est bien plausible sauf que pour le cas des cimetières il s’agit de préserver l’avenir. Alors, lorsque sur le plan politique c’est tristement compromettant pour l’avenir, ne serait-on pas en droit de s’estimer en danger ?

Ibrahim YERO

(Canard Déchaîné N°412)

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