LES DANGERS D’UN POUVOIR AUTOCRATIQUE


Comme vous le savez déjà, depuis le passage en force du désormais Chef de l’Etat Tandja Mamadou pour rester au pouvoir au-delà de son second et dernier mandat, le Niger n’est plus une république démocratique et populaire, mais bien une principauté régentée par un monarque de 72 ans.

Dans son célèbre ouvrage, L’esprit des lois, le grand penseur politique français du 18ième siècle, Montesquieu, distinguait déjà trois types de régime politique : le républicain, le monarchique et le despotique. Il avait minutieusement décrit les caractéristiques essentielles de ces trois types de régime. Pour ce qui nous concerne, il s’agit de réfléchir sur les conséquences immédiates et à long terme qu’engendre l’instauration d’un régime autocratique comme celui que le désormais Chef de l’Etat tente d’imposer aux Nigériens depuis le 04 août 2009. En mettant dans une bouteille le cadre démocratique et républicain chèrement acquis durant ces vingt dernières années par notre peuple, le, désormais, Chef de l’Etat à décidé, à un âge où on devrait plutôt penser à rédiger ses mémoires qu’à se lancer dans une aventure sans lendemain, d’asseoir un pouvoir pour lui, sa famille et son clan. Faisant l’éloge du régime présidentiel– un éloge basé sur une ignorance de ce type de régime – les thuriféraires de la refondation, par leurs faits et gestes, auront conforté le désormais Chef de l’Etat dans sa posture d’homme providentiel sans qui le Niger sombrerait dans le chaos ! Cette forte personnalisation du pouvoir, oeuvre de courtisans serviles et surtout voyous, donne une version très caricaturale du régime présidentiel adopté par la sixième république, montrant par exemple, sur Télé tazarché, une image du chef de l’Etat au-dessus du Palais présidentiel ! Cela nous rappelle, à bien des égards, ‘’le Timonier’’ du Zaïre, Mobutu, que la Télé nationale avait l’habitude de montrer, au journal télévisé, comme un ange descendant du ciel entouré d’une nuée d’étoiles brillantes ! C’est cela l’essence même du pouvoir autocratique qui ne peut se refléter que dans son propre miroir, lui ôtant la possibilité de se rendre compte de son ridicule et de son absurdité au 21ème Siècle ! Il faut dire que le pouvoir autocratique ignore les principes et les formes, tout est guidé par le bon vouloir, les caprices et les visions de la veille auxquelles le prince avait été en proie. Le pouvoir autocratique rend fou, car on perd le sens de la relativité, en faisant croire à celui qui le détient que ce monde a été fait en un jour, qu’il fonctionne sans lois, bref, qu’il est régi par le hasard. Cette perte de la réalité se traduit, sur le plan de la gestion du pouvoir, par les prises de décisions les plus contestables, les plus saugrenues à tous bouts de champ, sans se baser sur aucune constatation a priori des données de la question. Ainsi en estil de la suppression unilatérale du système de la journée continue qui avait été institué dans la Fonction Publique et dans le secteur parapublic, il y a de cela trois ans. Sans crier gare, un beau matin, à l’issue d’un Conseil des ministres, comme un couperet, la nouvelle tomba avec effet dans les … 48 heures ! Où a-t-on jamais vu cela dans un Etat civilisé qui a, pourtant, ratifié la Convention Collective sur le travail ? En procédant unilatéralement ainsi, sans associer les partenaires sociaux qui sont les premiers concernés, le régime autocratique du, désormais, Chef de l’Etat constitue aujourd’hui une véritable insécurité juridique et institutionnelle pour l’ensemble des citoyens qui ne seront jamais à l’abris de ces coups de tête ! Personne ne semble, à l’heure actuelle, dans son entourage, conseiller au Chef de l’Etat actuel la modération et l’opportunité dans certaines décisions ainsi que le respect des procédures pour leur prise. Personne ? Non, comme le dit Christophe Boisbouviers de Jeune Afrique, ‘’Tandja n’écoute que Hadjia Laraba’’ et malheureusement, la productivité dans l’Administration nigérienne est loin d’être la tasse de thé de cette dernière ! Pourtant, en 2009, un comité d’évaluation de l’expérimentation du système de la journée continue avait rendu publiques ses conclusions selon lesquelles ce système était performant, sous réserves de quelques améliorations, et par conséquent méritait d’être poursuivi. Voila que brusquement, probablement sur un coup de tête, toute cette concluante expérimentation vient d’être balayée d’un revers de la main pour le seul plaisir du monarque du Niger. Pourquoi ? Personne n’a jugé utile de donner des explications à ces ‘’grands enfants’’ que sont les Nigériens ! Les contre-performances de l’Administration nigérienne, s’il y a contre-performances, sont à rechercher ailleurs, loin de la répartition des horaires de travail. Comme l’a dit un syndicaliste, le travailleur, si toutes les conditions sont réunies, peut travailler même à minuit ! L’unique constat qu’on peut tirer de cette façon condescendante de gérer le pays est le mépris souverain à l’encontre des citoyens qu’on se représente comme des sujets de sa majesté. Il connote également le caractère suffisant du monarque devenu enfant gâté. Chez qui, nous reste-t-il pour aller se plaindre ? Encore une fois, comme nous l’a révélé Christophe Boisbouviers, donc: au secours Hadjia Laraba !

Zak

Paru dans OPINIONS N°99 du 24 Janvier 2010

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