prochaines discussions du mois de fevrier : A Abdul Salami et la multitude des voix MPRR


La majorité au pouvoir MPRR a clos ses rounds de pourparlers vendredi 22 janvier dernier sans trouver le moindre consensus minimum relatif au document de propositions de sortie de crise soumis en débat par le médiateur de la CEDEAO Abdul Salami Abubakar.

Samedi 23 janvier dernier, une déclaration devait sanctionner les consultations marathons qui ont duré plus d’une semaine à la salle de la commission des finances de l’Assemblée Nationale où le MPRR a érigé son quartier général, sans succès. Aucun communiqué du MPRR n’est intervenu. Des sources proches de la majorité au pouvoir, on apprend que le Président Tandja Mamadou a tout simplement ordonné l’abandon de toute déclaration dans ce sens. Il faut dire que l’alliance MPRR avait difficilement convenu d’un projet de déclaration qui a été communiqué au Premier Ministre Ali Badjo Gamatié qui ne semble pas l’avoir trouvé à son goût. Toujours est-il que le Premier Ministre va rejeter le projet de déclaration élaboré par le MPRR pour rédiger un autre projet de déclaration qui devait être la déclaration de l’alliance au pouvoir. Bisbilles et remue-ménage au sein de l’équipe du pouvoir vont courir. Tandja Mamadou va ordonner à son équipe l’abandon de toute déclaration.

Rien aussi du côté du MPRR, apprend-on sur le délai du 26 janvier fixé par Abdul Salami pour communiquer les propositions relatives aux suggestions qu’il a faites aux deux parties par rapport à ce qui devait constituer l’ébauche d’une feuille de route de sortie de crise. La partie MPRR n’a émis aucune réaction, aucune position n’a été communiquée au médiateur de la CEDEAO. Le pouvoir de Niamey s’en tient-il à, sa première annonce, c’est-à-dire la maintien de la légalité des institutions de la 6ème République (ce qui reste très plausible) ou adhère-t-il aux suggestions du médiateur sur la définition d’une transition ? La question reste entière.

De son côté, on apprend que l’opposition CFDR a fait parvenir au médiateur de la CEDEAO ses réflexions le lundi 25 janvier dernier. Toutefois, rien n’a encore filtré sur le contenu des observations transmises à Abdul Salami par l’opposition.

Les pourparlers qui devraient démarrer avec des rencontres séparées le 3 février prochain avec le MPRR et le 4 février avec la CFDR s’annoncent jusqu’ici extrêmement difficiles. Rien n’est encore totalement dégagé et le MPRR reste totalement divisé dans sa position ou plutôt ses positions. Le bloc des partis avec comme chef de file le président du MNSD Seïni Oumarou, soupçonné tendance favorable aux propositions de Abdul Salami, n’est pas parvenu à ajuster ses fréquences avec le bloc de la société civile représenté par le président du Mouvement citoyen Nouhou Arzika qui, systématiquement, s’est, sur toute la ligne, opposé à Seïni Oumarou. Hostilité aux partis politiques, la maladie infantile de la refondation continue de rogner la cohésion au sein même du MPRR. Avec le rejet par Tandja Mamadou de l’alliance avec les partis politiques, le bloc du Mouvement citoyen de Nouhou Arzika continue à garder un rapport de force favorable. Coincé et sérieusement laminé par cette situation, le président du MNSD affiche un profil bas. Timide réaction toutefois, le samedi 23 janvier dernier à l’occasion de la présentation des vœux du bureau politique du MNSD, Seïni Oumarou a, dans une réponse sibylline, indiqué que le président Tandja Mamadou est le premier militant du MNSD. Un sous-entendu lourd d’accusations à l’endroit de Tandja Mamadou qui a tourné le dos à son ancien parti pour affecter un partenariat stratégique avec les organisations de Nouhou Arzika.

La dispersion au sein du MPRR menace le dialogue

Assemblée constituante dans un processus de régime de transition, c’était cela les termes de l’entretien du médiateur de la CEDEAO avec les responsables de l’opposition CFDR avant son départ pour le Darfour. De l’autre côté, notamment au sortir de son audience avec le chef de l’Etat, le médiateur a penché plutôt pour le maintien de l’Assemblée Nationale issue des élections du 20 octobre avec un supplément de 47 sièges nouveaux qui porteront son effectif à 160. Un net changement d’option qui, probablement a porté la marque de Tandja Mamadou. Le pouvoir de Niamey est en effet toujours resté attaché au maintien en place de son dispositif institutionnel, référendum du 04 août 2009, Assemblée Nationale du 20 octobre et élections municipales du 27 décembre. Abdul Salami Abubakar n’a arraché aucune concession de la part de Tandja par rapport au point essentiel tenant au processus jugé illégal de la reforme constitutionnelle et de la constitution de la 6ème République. Pour le camp présidentiel, la 6ème République est un acquis et on ne peut revenir là-dessus. Face au médiateur de la CEDEAO, Tandja Mamadou est resté fidèle à cette position. Il a plutôt appelé l’opposition à les rejoindre avec 47 sièges de députés dans l’actuelle Assemblée Nationale. Qu’est-ce que désormais, dans cette hypothèse dénoncer ? L’illégalité de la constitution du 18 août ou celle de l’Assemblée Nationale ? Dans le processus de discussions qui devait alors suivre, l’opposition se réduira en ce moment là à négocier quelques commodités au sein du régime et l’essentiel du débat sur la légalité ou l’illégalité de la reforme constitutionnelle voulue par Tandja s’en trouverait évacuée.

Est-ce que dans une autre perspective, l’opposition va rejeter l’offre de Abdul Salami ou plutôt le schéma insufflé par Tandja Mamadou ? Cette perspective est certes fort à redouter. La CFDR s’est déjà suffisamment éloignée de ses bases en abandonnant sa revendication pour un retour systématique à la 5ème République en optant pour une transition qui concerne Tandja Mamadou et le pouvoir, indiquent déjà certains responsables de l’opposition. Ce qui constitue déjà un avertissement net sur une probable adoption d’une Assemblée telle que proposée dans le dernier document élaboré par le médiateur de la CEDEAO.

Le rejet de l’accommodement avec l’Assemblée Nationale du 20 octobre par l’opposition va relancer les hostilités. La «trêve pascale» qui a été de part et d’autre ménagée pour donner une chance au dialogue risque de voler en éclat si entre temps le médiateur de la CEDEAO Abdul Salami Abubakar qui doit désormais travailler avec une baguette magique ne trouve un consensus de dernière chance.

Ce qui est sûr, c’est que la partie s’annonce extrêmement serrée pour la reprise, début du mois de février, des discussions. Et la complexité ou l’éclatement des positions au sein du bloc MPRR ne favoriseront pas les choses au médiateur. Si du côté opposition CFDR les structures se sont toujours alignées sur une même position, du côté du pouvoir, il faut dire, que Abdul Salami Abubakar se trouve en face d’un sérieux problème d’interlocuteur. Avec qui discuter, Seïni Oumarou, chef de file du MPRR, Ali Badjo Gamatié, Premier Ministre, Nouhou Arzika, véritable artisan de la refondation ou tout simplement le principal commanditaire de cette affaire de refondation, le Président Tandja Mamadou, seul interlocuteur réel ? C’est autant de difficultés ou de confusion de rôle, de voix discordantes qui à coup sûr menacent de gripper la poursuite d’un dialogue inter nigérien qui au dire des responsables au pouvoir n’a jamais eu jusqu’ici un ordre du jour bien défini.

La course contre la montre est pour l’instant lancée pour Abdul Salami qui doit se présenter avec quelque chose sous la main à la prochaine conférence des chefs d’Etat et de gouvernement le 18 février prochain. Lundi 22 décembre dernier, le Président de la commission de la CEDEAO, le Ghanéen Mohamed Ibn Chambas a précisé les choses. Le sommet des chefs d’Etat se tiendra avec ou sans la présence de Umar Musa Yar’Adua actuellement en convalescence en Arabie Saoudite, a indiqué le haut fonctionnaire de la commission de la CEDEAO.

Ibrahim Elhadj dit Hima

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