Tandja sur la corde raide


Lorsque le 4 Août 2009, par devers le simple bon sens et de la volonté de la majorité des nigériens, Tandja, alors président de la république, chef de l’Etat, décida de mettre fin à l’expérience démocratique nigérienne citée en exemple depuis une décennie, il pensait la tâche facile. Pour lui et la racaille qui a décidé de le suivre dans cette aventure malencontreuse, les nigériens, parce qu’ils sont pacifistes et pacifiques ne pouvaient, au bout de quelques mois ou de quelques semaines, que se raviser et accepter le fait accompli.

Tandja Mamadou

Malheur en a pris : le peuple non seulement ne suit pas, mais refuse même d’apporter une quelconque caution à une opération dans laquelle son honneur et sa dignité sont bafoués par ceux-là, qui disent le servir. Directement ou indirectement, par le biais de rumeurs savamment distillées, on fit comprendre à tous que le Niger était souverain et pouvait se passer du concours des partenaires financiers extérieurs. C‘est dans un tel contexte que l’on organisa le referendum avec le fiasco que chacun sait (moins de 5% des nigériens se rendront aux urnes. Devant le désastre, le président ulcéré demanda qu’on lui communique les résultats réels et ceux arrangés pour lui donner un score « présentable». C’est aussi dans cette lancée que

Tandja resta sourd à tous les appels qui lui demandaient de ne pas dévoyer une démocratie par laquelle et grâce à la quelle il put arriver au pouvoir et y rester dix années sans dans un état de grâce sans précédent dans l’histoire moderne de notre pays. Ni les appels de la CEDEAO, ni ceux de l’union Européenne n’ont reçu un écho favorable de la part d’un Tandja qui a décidé, contre vents et marées de rester au pouvoir au delà de son second et ultime mandat. N’espérant point de ramener à la raison cet élément de la communauté internationale en sédition ouverte contre tous, la CEDEAO va désigner un médiateur pour tenter de mettre fin à une crise qui n’aurait, de toute évidence, pas exister si, un tant soi peu, le président des nigériens avait respecté son serment coranique et tous les autres engagements. En fait, ce qui est malsain dans cette opération, c’est la propension de nos autorités au mensonge et à la duperie. On ment au peuple en lui faisant croire que c’est lui qui veut « sortir » de la démocratie pour aller vers une dictature. On lui fait comprendre que le « monts Baguezam » l’a même transporté, lui le peuple jusqu’à Abuja pour dire leur fait à de petits employés de la CEDEAO qui ne comprennent pas qu’au Niger, une dynamique est en marche et que s ‘y opposer est un crime de lèse-majesté. A Bruxelles, on envoya Gamatié «tchog bi » pour déverser quantités de faits qui jurent avec la réalité. Pour Tandja et ses hommes de main, en ce premier ministre sans réel pouvoir- lui même reconnaît volontiers qu’il n’est que le coordinateur de l’action gouvernementale- celui là qui «ira raconter des histoires aux blancs qui n’y verraient que du feu ». Aucun des engagements pris ne fut respecté.

Tandja, même s’il n’est pas économiste, sait que pour faire la guerre, il faut les nerfs de celleci, c’est à dire l’argent, le khalis, comme disent les wolofs. Sur ce point des rumeurs firent comprendre au « peuple» que les coffres-forts de la BCEAO regorgent de montagnes de billets de banque appartenant au Niger. Comme disent les concitoyens de Laurent Gbagbo, «le mensonge a beau courir, il sera rattrapé par la vérité». Le Niger ne possède que des sacs de mensonges dans les coffres indiqués. Dés la fin de l’année 2009, les tensions de trésorerie ont commencé à voir jour. Selon des milieux bien informés, les salaires passés n’ont pu être payés que grâce à des ponctions sur les avoirs des sociétés d’Etat. Tandja, est ainsi rattrapé par la réalité. Son « pays», «sa chose», le Niger, n’est point un pays émergent et, en l’absence des concours extérieurs, ne pourra même pas payer les salaires des fonctionnaires. Pour remédier au plus pressé, on met à contribution les régies financières. Douaniers, agents des finances et des impôts sont sommés de recouvrer même des sommes indues. Les nigériens sont priés de « serrer la ceinture » dans le cadre de a l a refondation car celle-ci exige des sacrifices comme affirmation de la souveraineté de leur pays. Il est temps que Tandja et ses « inconditionnels » se rendent à l’évidence : le pays est dans l’impasse et l’argent manque. Le « peuple » qui suit le président autoproclamé sait désormais que la refondation ne rime ni avec bonheur ni quiétude sociale. Bien au contraire : ces gesticulations déraisonnables ne peuvent apporter que malheur au pays. La passivité des nigériens n’est nullement signe de lâcheté. On n’a pas besoin de lire Machiavel pour savoir qu’il n’existe ni peuple lâche ni peuple indigne mais que ce sont les circonstances qui poussent le peuple à aller dans tel ou tel autre sens. Or, les hommes sont prêts à oublier les outrages subis mais pas a accepter, du fait d’un seul, leur pouvoir d’achat s’effondrer comme neige au soleil ou même disparaître. Or, depuis peu, toutes les décisions que Tandja prend ne sont pas motivées par le bons sens. L’une de celle-ci, c’est ce qu’il convient d’appeler le problème de la journée continue. Adopté il y a trois ans, le système, même s’il ne comporte, aujourd’hui, aux yeux des «soutiens inconditionnels de Tandja » qu’inconvénients, aurait pu être amélioré surtout que dans les divers services, des milliers de nigériens au chômage y développent des activités génératrices de reve revenus. Les motifs évoqués pour révoquer le système sont, comme on dit, «tirés par les cheveux ». On dit qu’il s’agit de remettre les nigériens au travail. Mais, de quel travail parle-t-on ? La politique a pris le pas sur tout au point où le travail est le cadet des soucis de ceux qui «gravitent autour du système de gouvernance». Pour exiger quoi que ce soit, il faudrait soi même donner l’exemple. La refondation est le lieu commun de toutes les manigances. C’est le lieu où l’on peut, en criant à tue-tête ce que veut entendre le président, devenir ministre sans aucune expérience, sans même avoir travaillé une seule fois dans sa vie.

C’est le lieu où des ministres parlant un français approximatif demandent aux autres d’être compétents. La remise en cause de la journée continue est donc une provocation de plus de la part d’un régime qui sait, désormais, qu’il est sur une è corde raide. Rareté des moyens, décisions impopulaires, mensonges à ré répétition, on n’a pas besoin d’être devin pour savoir que la fin d’un tel régime usurpateur est proche. La solution du problème guinéen aura un effet positif sur ce qui se passe au Niger car, dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’une atteinte à l’Etat de droit et à la dignité des peuples. Tandja peut continuer à s’arcbouter au pouvoir, les jours du mensonge et de la supercherie sont comptés. Cela, c’est connu. «On peut tromper une partie du peuple un temps. Mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps». L’essentiel c’est que les responsables de la cabale contre la démocratie et l’Etat de droit ne s’en sortent point à bon compte. Il faut que, pour l’histoire, ils rendent compte à la justice des hommes avant de le faire devant celle du Tout- Puissant, Allah, le Miséricordieux, le Sage, l’Omniscient, celui que ni le sommeil ni la fatigue ni l’âge ne guettent.

AMADOU BOUNTY DIALLO

Paru dans Actualités N°24 du 26 Janvier 2010

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