Tension au sein de l’équipe gouvernementale : Gamatié peaufine une nouvelle équipe


L’information circule dans les milieux proches du pouvoir. Le gouvernement a de sérieuses difficultés à fonctionner dans une parfaite cohésion, et de plus en plus, on parle du départ très prochain de certains membres. Certains n’hésitent plus à parler de l’imminence d’une recomposition totale de l’équipe gouvernementale. Réorganiser les portefeuilles ministériels, redéfinir les rôles, mais surtout rétablir un climat d’harmonie qui a sérieusement manqué dans l’équipe du gouvernement en place.

Ce fera ou ne fera pas, ce qui est sûr, c’est qu’un projet de gouvernement est déjà composé avec une liste de ministrables en stand-by. Le Premier Ministre Ali Badjo Gamatié en relation avec certains grands acteurs du processus de la refondation avait planché sur la nécessité de cette refonte du gouvernement. Qu’est-ce qui doit composer la nouvelle équipe gouvernementale ? Il n’y a pas encore de très nettes précisions dans ce sens, en dehors de quelques grandes orientations majeures qu’il comporte. Il est en effet indiqué le départ de tous les grands dignitaires et l’entrée d’une équipe de jeunes proches du mouvement de la société civile. La ligne directrice de ce projet de gouvernement, c’est qu’il doit être composé de personnalités nouvelles, le départ des hauts dignitaires devait permettre à Ali Badjo Gamatié de disposer d’un gouvernement plus léger et plus aligné sous sa coupe.

Mais il faut dire que tous ces calculs, tout cet équilibrage au sein de la nouvelle équipe se situe en toile de fond de grandes dissensions qui déchirent le gouvernement actuel. Aucune cohésion, l’harmonie a totalement volé en éclat, le gouvernement de Ali Badjo Gamatié évolue dans un climat de frictions, d’antagonisme et de conflits permanents. Depuis sa nomination à la tête du gouvernement, plusieurs observateurs ont redouté des oppositions et des conflits d’autorité qui ne manqueraient pas de surgir. Il est arrivé sur le tas, de quelle légitimité il peut se prévaloir, avaient susurré sous cape certains membres du gouvernement. Arrivé dans un contexte de tension politique majeure, il n’avait point participé aux côtés de Tandja Mamadou dans la grande manœuvre pour la refondation de la République, avaient estimé plusieurs responsables politiques. Certains barons du gouvernement, comme le Ministre d’Etat Albadé Abouba qui était au four et au moulin pour conduire le processus, pouvaient difficilement se plier à son autorité. Leur rapport, il faut le dire, a toujours été tendu.

Lors de ses récents déplacements dans les pays de l’UEMOA, le Premier Ministre Ali Badjo Gamatié ne s’est pas encombré de protocole pour fustiger ce qu’il a appelé les lacunes de la diplomatie nigérienne. L’allusion était très claire. Récemment encore, il s’est mis à dos, le bouillant ministre de la justice Garba Lompo quand il a pris la mesure de son retrait de l’équipe du gouvernement aux négociations avec Abdul Salami Abubakar. Qui va m’empêcher de participer aux négociations, de quel pouvoir il dispose ? Avait fulminé Garba Lompo plein de rage contre le Premier Ministre.

Qui parle encore d’harmonie dans cette équipe ministérielle en perpétuelle dissension ? Tout aussi en sourdine, mais de loin la plus âpre, l’opposition entre Ali Badjo Gamatié et son successeur au portefeuille de l’économie et des finances Ali Lamine Zeine. A la nomination de Ali Badjo Gamatié au poste de Premier Ministre, beaucoup avaient perçu par là le retour des LAP et des PSOP, opérations de règlement des factures des opérateurs économiques proches du régime à l’époque du gouvernement de Hama Amadou. Certaines mauvaises langues avaient justement indiqué que les calculs de Tandja Mamadou étaient insaisissables et n’obéissaient à aucune logique. Comment il pouvait chasser du gouvernement Hama Amadou pour investir Gamatié, Gamatié n’est-il pas comptable de ce qu’on a appelé le système Hama Amadou, s’interrogeait-on dans les milieux proches du pouvoir.

L’orthodoxie rigide contre la souplesse des arrangements dans les affaires, voilà ce qui allait constituer l’opposition de style entre Ali Badjo Gamatié et Ali Lamine Zeine. Toutes les combinaisons financières, quand il était ministre de l’économie et des finances, étaient organisées autour de Ali Badjo Gamatié. De grands opérateurs économiques comme Zakou Djibo, le Monsieur caisse du régime, écrémaient tous les gros marchés publics d’Etat, les mécanismes des paiements accélérés avec les formules des PSOP et LAP étaient institués par Ali Badjo Gamatié. Sur une petite estimation qui était faite à cette époque, c’est environ près de 76 milliards que Zakou Djibo a décaissé du trésor national sur une courte période indiquait le Bureau Exécutif National du PNDS-Tarayya. Un volumineux paquet de factures pourtant n’était pas soldé jusqu’à son départ du gouvernement. Depuis sa direction de la commission d’apurement de la dette publique, Ali Lamine Zeine surveillait toutes ces affaires. A son arrivée au ministère de l’économie et des finances, il savait déjà que beaucoup de ces factures correspondaient à des marchés fictifs ou à d’autres marchés surfacturés. Les opérations commerciales vont se dégrader pour l’homme d’affaires Zakou Djibo.

Bingo ! Ali badjo Gamatié revient au gouvernement, et en force au poste de Premier Ministre. La petite équipe des amis va-t-elle renaître ? Pas forcément, mais il y a quand même des indices dans ce sens. Zakou Djibo se rapproche du cabinet de la Primature ou il retrouve de vieux amis, Ali Badjo Gamatié, mais aussi l’ancien directeur du budget de l’ancien Ministre des finances Ali Badjo Gamatié devenu directeur de cabinet adjoint du nouveau Premier Ministre. Les anciens compagnons de Zakaï vont pousser vers le règlement des anciennes factures, Ali Lamine Zeine va jouer le Monsieur très rigide et repousse les assauts. Le face à face devient rude, et il est surtout attisé avec la dernière affaire du Hadj 2009 et l’affaire de 2,4 milliards de francs CFA. Une affaire qui a totalement brouillé les rapports entre le Ministre de l’économie et des finances Ali Lamine Zeine et le Premier ministre Ali Badjo Gamatié.

Dans cette conjoncture des choses, il est très difficile de parler de véritable équipe gouvernementale. Ce qui est sûr, c’est que même si Ali Badjo Gamatié n’a pas toute latitude de déterminer les choses, il va toujours rêver d’avoir une équipe gouvernementale sur-mesure, ne serait-ce qu’en projet.

Ibrahim Elhadj dit Hima

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