Crise alimentaire au Niger Les contrevérités du gouvernement


Cette semaine, le gouvernement a beaucoup communiqué sur le thème de la crise alimentaire au Niger. En définitive, votre journal a soulevé le lièvre par sa publication de la semaine dernière. Mais dans ce flot de chiffres et de mots, le citoyen lambda doit retenir que la menace est réelle, que le gouvernement semble déboussolé alors que le montant à rechercher auprès des partenaires culminent à près de 75.775.757.057 francs. Le tazartché, la famine et les partenaires au développement feront-ils bon ménage ?

Le Premier ministre Gamatié a donc rencontré les partenaires au développement, ce vendredi, pour leur exposer la situation alimentaire préoccupante du Niger. Il a, ainsi, satisfait à un des objectifs poursuivis par votre journal en publiant les résultats de l’enquête rapide réalisée en décembre dernier. Le ‘’ Canard Déchaîné’’ félicite Son Excellence pour s’être livré à cet exercice de transparence puisque ce sont bien des êtres humains et non des canards sauvages qu’il gouverne. Toutefois, il subsiste encore quelques zones d’ombre pour le commun des mortels. En effet, le pays a un besoin urgent total de 104.142.375.953 FCFA (voir fac-similé). Or, sur ce montant, le gouvernement dit disposer de 28.366.618.896 FCFA, soit l’équivalent de près de six mois de salaire. La question, ici, est de savoir comment le régime va réunir un tel pactole dans un contexte de sécheresse financière lié aux sanctions de la communauté internationale ? Certes, la coopération humanitaire ne fait pas partie de la liste des sanctions à imposer à notre pays car la communauté internationale est prévoyante. Elle sait que le Niger, pays du Sahel par excellence, est exposé de façon cyclique à la pénurie alimentaire ou à toute autre calamité naturelle comme cela avait été le cas à Agadez au moment de l’hivernage passé. Mais comment apporter une aide alimentaire avec le discours que tient le premier des ministres ? En effet, à entendre Gamatié, le gouvernement n’est pas en cogestion avec les ONG. Ce qui est vrai. Mais le coup de force réalisé par son mentor pour imposer aux Nigériens la refondation ôte toute crédibilité au régime de Niamey. Quelles sont les garanties de transparence et de traçabilité dont dispose les partenaires afin de savoir que leur aide n’ira pas financer d’autres priorités ? Dans le doute, les ONG intervenant auprès des populations nigériennes sont une alternative crédible pour la communauté internationale. Et ça, apparemment, le gouvernement ne veut pas entendre en parler. Le bon sens veut qu’on laisse aux partenaires l’option de poser leurs conditionnalités, de choisir le canal qui leur paraisse approprié pour atteindre les bénéficiaires. Car les discussions de salon sont oiseuses et dilatoires au moment où l’urgence est urgente sur le terrain (pardonnez du peu de redondance!). Nous rappelons que selon l’étude, il y a des ménages qui n’ont qu’un stock de couverture que de dix (10) jours.

Une autre difficulté pour le gouvernement de Gamatié, alias ‘’nassara, le Blanc’’, un sobriquet qui lui vient, paraît-il, de Tandja ; réside dans l’établissement des priorités pour un gouvernement acculé par mille équations dont l’une des plus importante est le bouclage du dialogue inter nigérien, le retour à un ordre constitutionnel normal et de la coopération internationale ? Aura-t-il fallu la famine au Niger pour que les ténors du pouvoir puissent se rendre à l’évidence qu’on ne peut plus vivre en autarcie ? Serait-ce sur les cadavres des Nigériens qu’il se construira chez certains une conscience internationaliste de solidarité entre les peuples, d’ouverture vers l’autre et d’acceptation des règles minimum de vie démocratique dans un monde devenu ‘’ un village planétaire’’ ?

Le PM a seulement dit vrai en partie quand il avance aux partenaires qu’ils ne seraient pas là si nous n’avions pas été pauvres. Nous sommes pauvres, c’est vrai. Mais la raison de la présence des partenaires du Niger à sa table va au-delà de cette assertion. C’est un manque de respect à l’égard au genre humain tout simplement ! Pourtant, c’est auprès de ces mêmes partenaires qu’il faut mobiliser la mirobolante somme de 75.775.757.057 FCFA. La crise est si aigue qu’il va falloir aller vite vers la recherche des solutions idoines plutôt que de s’attarder sur des questions relevant de l’orgueil des dirigeants plutôt que de la dignité du peuple. En effet, les 2.700.000 personnes faisant face à une insécurité alimentaire sévère n’ont qu’une couverture de stocks que de 2,6 mois. Dans ces conditions, il vaut mieux s’attaquer aux goulots d’étranglement tels que le délai et autres procédures qui pourraient ralentir le processus de mobilisation des fonds plutôt que de s’embourber dans des contrevérités. En effet, chaque partenaire a ses procédures propres. Il lui faut d’abord une information vraie qu’il va répercuter dans son pays ou auprès de son institution qui prendra le temps de mobiliser les fonds, de lancer les commandes, de réceptionner à Niamey les dons qui seront ensuite acheminés en régions, en départements, en cantons et aux villages. Un temps fou aura passé ! Pendant ce temps, personne ne veut imaginer le sort de ces populations et de leur bétail.

L’un dans l’autre, nous rappelons cette sagesse de Mahatma Gandhi : ‘’ Si Dieu veut apparaître à un peuple affamé, il vaut mieux que ce soit sous forme de nourriture !’’ Cela vaut aussi pour les dirigeants !

A.I.

Paru dans le Canard Déchaîné N°413 du 1er février 2010

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