Insécurité alimentaire : Le régime déclenche la guerre des termes


Les révélations des chiffres d’une enquête menée par l’institut national de la statistique (INS) sur la situation alimentaire suscitent déjà la polémique au sein du gouvernement. Selon les résultats de l’enquête, ce sont environ huit millions de Nigériens qui sont exposés à l’insécurité alimentaire. Dans toutes les régions du pays, le taux de vulnérabilité varie de 22,3% à 62,2%. En somme, la campagne agricole 2008/2009 a été déficitaire.

Image d'un enfant affamé

Mais la publication de ces données n’a pas plu aux autorités qui semblent ne pas mesurer la portée du problème. La panique du gouvernement est d’autant plus grande que, juste à la parution du journal, on tenterait d’investiguer, de façon plus ou moins officieuse, à partir de la primature pour détecter celui qui aurait soutiré le document. Des lourds soupçons pèsent sur des personnes tapies dans les rouages de la primature.

Mieux, le gouvernement dépêchera les services de l’INS et du Système d’alerte précoce (SAP) à organiser un point de presse le mercredi 27 janvier dernier pour amener leurs «éclaircis». Pendant que le rapport de l’enquête parle d’environ huit millions de personnes, les chiffres du SAP évoquent que «sur les 2.700.000 personnes qui vivent dans cette situation de vulnérabilité sur toute l’étendue du territoire, 38% sont dans une situation de vulnérabilité modérée, 32,7% sont faiblement vulnérables et 9% qui ne sont pas du tout vulnérables.»

Cela ne suffira pas, car le coordonnateur du SAP M. Hamani Harouna et Ghalio Ékadé de l’INS indiqueront qu’au vu de la situation de cette année, l’équilibre est encore au beau fixe, du fait qu’il «n’y a pas eu de morts pour des causes liées à l’insécurité alimentaire». On comprend bien que malgré la gymnastique et les contradictions sur leurs propres chiffres, la menace est donc réelle, même si, à en croire ces responsables, il faut qu’il ait mort pour estimer qu’il y a insécurité alimentaire.

Manifestement pas du tout satisfait de ces explications, le gouvernement tentera de jouer une autre carte pour minimiser la portée du problème. Le vendredi 29 janvier dernier, devant les partenaires techniques et financiers dont les refondateurs se sont beaucoup moqués, le Premier ministre Ali Badjio Gamatié rassurait que les chiffres de l’enquête sont tels qu’annoncés par l’INS et le SAP. La vulnérabilité y est donc. La cause est entendue puisque même si aide il y a, la communauté internationale travaillera avec les chiffres officiels. Si l’on s’en tient aux données de la presse, les cinq millions de populations restants risquent d’en pâtir, du moins d’être pris en charge par le stock national de sécurité, surtout quand on sait la menace déjà à peine voilée du gouvernement vis-à-vis des ONG qui essayeraient de faire de la fausse publicité autour de la crise alimentaire. Il n’y a pas très longtemps, le ministre de la Communication Kassoum Moctar a évoqué cette situation qualifiant de tous les noms d’oiseaux cette catégorie d’ONGs.

En vérité, c’est au sommet qu’on tentera de soulever le lièvre. Le président Tandja va précipiter pour maquiller la situation en injectant quatre milliards de francs CFA dans le cadre de l’opération d’achat de 20 000 tonnes de mil dans les régions de Dosso, Tahoua, Maradi et Zinder. Que va-t-on acheter ? Aujourd’hui, cinq mois après les récoltes, que reste-t-il ? C’est là la grosse interrogation surtout quand on sait que la campagne agricole a été on ne peut plus déficitaire dans toutes les huit régions du pays. Même en période de récolte, les prix des céréales ont dépassé le stade raisonnable surtout dans un pays où l’agriculture demeure encore l’activité principale. Sur les marchés ruraux, les céréales sont difficilement trouvables, en tout cas dans les zones rurales où on projette l’opération d’achat. Qui dispose encore de stock cinq mois après les récoltes ? Pas ces populations dont une bonne partie n’ont récolté que «paille» et qui, au contraire, attendent d’un moment à un autre un geste salvateur du gouvernement. A moins que l’opération achat du mil ne profite de la vente à prix modéré.

Ce qui est sûr, les produits de grande consommation ne sont pas à la portée du citoyen ordinaire. Pis, dans certaines localités qui n’ont pas du tout semé ou qui n’ont rien récolté, les populations sont dans un véritable « sauve qui peut » depuis la période de récolte, apprend-on. Le gouvernement est donc averti.

Et l’alerte de la Commission de l’Union européenne est assez révélatrice de la situation de crise qui guette les populations du Sahel. En tout cas de son côté, c’est clair. Selon le service d’aide humanitaire de la commission ECHO qui indique qu’une équipe solide est déjà sur le terrain, les gouvernements, les organisations humanitaires et les bailleurs doivent unir leurs forces dès maintenant pour empêcher que l’insécurité alimentaire sévère au Sahel ne conduise à une famine.

Mais au regard de la situation qui se dessine, le Niger risque, si on n’y prend garde, de revivre le même scénario que 2005 où le gouvernement, certaines ONGs et organisations internationales se sont livrés à la «guerre de vocabulaires» pendant que les pauvres Nigériens, loin des caméras et des micros, payaient les frais de la famine. La fracassante annonce du gouvernement est annonciatrice de cet ancien mépris. «Il n’est pas question qu’un partenaire exagère une situation, humilie des Nigériens et vienne encore leur dire qu’il vient les assister.» Ça veut dire ce que ça veut dire.

En réalité, risée la communauté internationale depuis le déclenchement de la déconstruction de la démocratie, le régime de la refondation est très allergique à une question aussi sensible que la crise alimentaire.

Chez nous au Niger, les dirigeants ont leur façon de mesurer la gravité des calamités, empêchant la communauté internationale à agir le plus promptement et adéquatement possible. Et tant pis le dégât !

Mamane Abdou

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