Crise politique nigérienne : Tandja a coupé le mouton


Le Président Tandja Mamadou l’a déclaré dans une intervention radiotélévisée en langue Haoussa mardi 02 février dernier ; le mouton est coupé. C’est fini, les nigériens qui se trouvent encore hors du pays n’ont plus rien à attendre, ils doivent rentrer. Le mouton est coupé.

La situation en est restée là, le débat ou le commentaire est, quant à lui, loin d’être définitivement réglé. Bien entendu, il ne faut pas parler encore de la délégation du Président sénégalais qui a été visiblement flouée par cette façon de faire des autorités nigériennes. Tandja Mamadou ne semble pas s’être parfaitement accordé avec le Président sénégalais Abdoulaye Wade. Il l’a clairement laissé transparaître mardi dernier. Parlant du processus de la médiation initiée par la CEDEAO, il a indiqué que Abdoulaye Wade ne pouvait pas venir lui parler. «L’équipe de la CEDEAO sait que la seule personnalité indiquée pour s’adresser à moi, c’est le Général», a déclaré net Tandja Mamadou. Tandja Mamadou a ainsi fauché l’herbe aux pieds de Abdoulaye Wade qu’il a soupçonné de vouloir s’intéresser au dossier de négociations sur la crise politique nigérienne.

Il n’y a désormais plus l’ombre d’un doute, Tandja Mamadou n’a accordé aucune marque particulière aux responsables de la CEDEAO, en dehors du Général, c’est-à-dire Abdul Salami Abubakar.

Brouille avec Abdoulaye Wade

Si Tandja a donné l’impression de s’entendre quelque peu avec le Président sénégalais, c’était principalement sur une vision de la communauté de langue francophone à travers laquelle Abdoulaye Wade a voulu travailler pour écarter le ghanéen Mohamed Ibn Chambas du poste de président de la Commission de la CEDEAO avant son dernier mandat. Par le passé, Tandja Mamadou et Wade s’étaient bien accordés sur la question. Je ne veux pas faire une médiation sous une autre médiation, a déclaré Abdoulaye Wade mardi dernier sur les ondes de RFI tout en disant estimer son ami Abdul Salami Abubakar. J’adhère à la position de la CEDEAO, je sais que des propositions sont faites, mais qui ont été rejetées par l’opposition, l’opposition est venue me voir… C’était là entre autres les déclarations de Abdoulaye Wade qui faisait allusion à ses discussions avec les responsables de l’opposition nigérienne à Addis-abeba en marge des travaux du 14ème sommet de l’Union Africaine qui s’est tenu dans la capitale Ethiopienne du 31 janvier au 02 février 2010. Mardi 02 février dernier, comme indiqué depuis Addis-abeba, Abdoulaye Wade a fait escale à Niamey où il a été accueilli par le Président nigérien Tandja Mamadou. Je serais à Niamey pour parler avec mon ami Tandja Mamadou, a-t-il indiqué depuis Addis-abeba. Dans la capitale nigérienne, l’entretien ne semble pas avoir été du tout du goût de Tandja Mamadou. Ces propositions là ressemblent à quoi, devait s’interroger le président sénégalais Abdoulaye Wade avec Tandja Mamadou parlant des suggestions qui ont été faites par le médiateur de la CEDEAO dans le cadre du règlement de la crise politique nigérienne. Le Président sénégalais n’avait en effet rien compris à cette sorte d’alchimie compliquée au sujet de l’Assemblée Nationale avec 113 élus et qui devait être complétée par 47 députés nouveaux. Sur quelle forme de régime l’opposition et le pouvoir vont converger ? S’agit-il d’une transition, ou est-ce que tout le monde est d’accord sur la 6ème République ? Rien en effet n’est clairement indiqué dans le contenu des suggestions de Abdul Salami Abubakar sur la nature du régime. Abdoulaye Wade a exprimé plutôt quelques perplexités sur le contenu des négociations conduites par Abdul Salami Abubakar. Ce qui n’a pas manqué d’irriter Tandja Mamadou. Abdoulaye Wade a-t-il pris le contre-pied des propositions de Abdul Salami ? Est-il intervenu pour négocier le départ de Tandja Mamadou ? Ce qui est sûr, c’est que les propos de Tandja Mamadou sont restés sans ambages. Lui (parlant de Abdoulaye Wade) ne pouvait pas me parler, le seul qui pouvait me parler c’est le Général, a déclaré net Tandja Mamadou au cours d’un bref entretien accordé aux médias en langue Haoussa.

Tandja clôture les négociations

Tandja Mamadou a parlé d’ouverture, de participation de l’opposition, le mouton est coupé. Il est clair que quelque soit comment on doit interpréter ces propos, on s’achemine droit vers la clôture des négociations conduites par le Général Abdul Salami Abubakar. La reprise des pourparlers en plénière le jeudi 4 février ne risque pas de déboucher sur un autre résultat. Pour Tandja Mamadou, la refondation est totalement consommée, on ne revient pas là-dessus. On ne revient pas sur la constitution de la 6ème République, sur l’Assemblée Nationale, les élections locales, le mouton est coupé, probablement celui du baptême de la chose ou aussi celui du banquet auquel Tandja Mamadou convie les responsables de l’opposition. Tandja l’a indiqué, les nigériens qui se trouvent encore à l’extérieur doivent rentrer dans le pays. C’est cela la main tendue de Tandja Mamadou dans la 6ème République. Rentrer pour partager ce qu’on peut partager, prendre ce que l’opposition peut prendre. Mais tout doit se faire dans le cadre de la 6ème République. C’est cela grosso modo le sens du message de Tandja Mamadou. Pour l’instant, du côté de l’opposition, on semble cheminer vers la reprise des hostilités avec le pouvoir de Tandja Mamadou. D’autres sources appellent cependant à une reprise des négociations par d’autres personnalités de la sous-région africaine. Mercredi 3 février dernier, le socio politologue Souley Adji a évoqué notamment la reprise des négociations sous la houlette du Président burkinabé Blaise Compaoré.

Ibrahim Elhadj dit Hima

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