Après le document de synthèse du médiateur : La partie gouvernementale recourt au dilatoire


Repris le 04 février dernier, le dialogue politique inter nigérien bat du plomb dans l’aile. En effet, le document de synthèse proposé, le 8 février, aux parties en négociation ne semble pas faire l’unanimité. Si pour l’opposition, ce document de synthèse peut constituer une bonne base de négociation, la partie gouvernementale pense carrément le contraire. A la reprise hier, les deux parties ont pratiquement passé la journée à tergiverser sur l’opportunité d’un débat général sur la genèse du processus ayant abouti à l’avènement de la 6ème république, débat auquel la partie gouvernementale tient mordicus. Mais au-delà, il est légitime de s’interroger si le gouvernement ne met pas en avant cette question pour fuir le débat étant donné que le document proposé par le général Abdul Salami Abubacar, médiateur de la CEDEAO n’a pas répondu à son espoir, à savoir la reconnaissance de la 6ème république.

Mais, il ne peut en être autrement quand on sait que la CEDEAO et toutes les autres institutions internationales n’ont reconnu ni le référendum, ni les institutions qui en sont issues. Et il serait tout simplement contraire au bon sens que la synthèse du médiateur légitime ou légalise un processus jugé contraire par l’institution qui l’a mandaté. Plutôt que de reconnaître la 6ème république, la préoccupation du médiateur est de créer un cadre pour permettre au Niger et aux Nigériens de retrouver la paix sociale et la stabilité politique remises en cause par l’aventure politique dans laquelle notre pays a été plongé depuis le 04 août 2009.

C’est pourquoi, le document de synthèse du médiateur ne pourrait s’inscrire dans la logique de la partie gouvernementale qui estime qu’aucun accord ne peut être trouvé en dehors de la 6ème république. D’ailleurs, le 08 février, le chef de délégation de la partie gouvernementale M. Djibo Amadou dit Max a fait savoir que ce document a escamoté ‘’le débat essentiel’’ pour eux.

Hier après la reprise à 11 heures, la plénière n’a pas pu s’entendre sur l’ordre du jour de la rencontre. La partie gouvernementale veut un débat sur la légalité et la légitimité de la 6ème république alors que l’opposition veut qu’on attaque directement le document de synthèse. Finalement après la reprise de 16h, une suspension a été observée et le médiateur a reçu séparément les délégués des deux camps.

Puis à la suspension de 19 heures, les deux parties ont donné leur version des faits. La partie gouvernementale a même demandé d’après son chef de délégation M. Max un débat en présence de la presse et devant le médiateur, ce que l’opposition aurait refusé. Ce qui est étonnant. Mais d’après le chef de délégation de l’opposition M. Amadou Boubacar Cissé, la partie gouvernementale a refusé le débat sur le document de synthèse proposé par le médiateur. Elle s’est cramponnée sur le vieux débat sur la genèse de la 6ème république. Il s’agit en fait selon M. Cissé d’un débat sans objet. En outre, le règlement intérieur du dialogue, a clairement mentionné que les travaux se déroulent à huis clos en dehors des cérémonies officielles d’ouverture et de clôture.

En somme, même si rien n’a été fait au cours de cette journée, il faut dire que l’opposition semble marquer deux points. D’abord, répliquant à la question du débat sur la 6ème république, la CFDR a fait savoir qu’elle est prête pour un débat sur toutes les questions mais retransmis en directe sur les médias nationaux (télévision et radio). Ce que naturellement le gouvernement n’acceptera jamais, lui qui a fait des médias d’Etat des instruments de propagande exclusifs où la pensée unique est de mise. Ensuite, relativement au dialogue politique, l’opposition a accepté le principe du débat sur la 6ème république et sur toutes les questions, voulu par la partie au pouvoir. En somme, d’alibi en alibi, la partie gouvernementale est en train de se condamner.

En effet, au début de la crise, elle s’était cantonnée à exiger que le dialogue se tienne à Niamey. Aujourd’hui que le document de synthèse l’a désillusionnée, elle retourne s’enfermer dans un débat que les Nigériens ont passé plus de sept mois à faire, bref un débat dépassé et surtout sans objet. C’est ce qu’on appelle la fuite en avant ou encore le dilatoire.

Mamane Abdou

Paru dans Actualité N°26

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