Dialogue inter nigérien : Abdul Salami propose une transition politique


Le 16 février prochain se tiendra à Abuja, capitale fédérale du Nigeria, le sommet des Chefs d’Etats et de Gouvernements de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). A ce rendez-vous, le Médiateur désigné par l’institution communautaire, le Général Abdul Salami Abubakar, doit présenter son rapport sur les négociations à propos de la crise politique nigérienne. Les pourparlers semblent bloqués à Niamey et l’on tend vers la rupture du dialogue avec la présentation d’un document de sortie de crise du Médiateur, qui propose une transition perçue par les autorités de Niamey comme un affront et même un parti pris de la facilitation de la CEDEAO.

A. Abubakar, médiateur désigné de la CEDEAO pour le Niger

Les contours du document proposé par la médiation

Selon des sources proches du dialogue inter nigérien, le document de sortie de crise du médiateur sur la crise politique propose, sans ambages, une transition politique dont la durée n’a pas été déterminée. Cette transition aura pour principaux organes, selon les mêmes sources, la présidence de la République, le Premier ministre et son gouvernement, l’Assemblée Nationale, la Cour Constitutionnelle, la Commission Electorale Nationale Indépendante, le Conseil Supérieur de la Communication et le Conseil National de Dialogue Politique.

Les commentaires entretenus dans les milieux du dialogue indiquent aussi que le Président Mamadou Tandja restera Chef de l’Etat et Chef des forces armées du Niger durant toute la période de la transition avec toutefois une gestion conjointe avec le premier ministre, Chef du gouvernement qui sera désigné par la CFDR et nommé par consensus par le dialogue. Quant au gouvernement de transition qui émanera du dialogue, en dehors du Premier ministre, il renfermera des représentants des différentes tendances politiques parties prenantes au dialogue, des acteurs de la société civile, des représentants des associations féminines, de jeunesse et des syndicats. Ce gouvernement aura, selon certaines indiscrétions la charge de mettre en œuvre le calendrier des élections devant conduire à la fin de la transition politique. La médiation maintiendrait aussi sa proposition de l’actuelle Assemblée nationale dont le nombre de députés sera porté à 160 membres afin d’assurer la représentation de la CFDR, opposition.

Par ailleurs on note que le document du médiateur fait cas de la mise en place d’une cour Constitutionnelle qui sera mise par consensus et composée de 7 membres. Une commission électorale indépendante serait aussi envisagée et comprendrait 11 membres qui seront désignés par le dialogue et qui se chargera de la préparation, de l’organisation et de la supervision de tous les scrutins prévus par la transition. Les organes transitoires seront aussi composés d’un conseil supérieur de la communication et d’un conseil National de dialogue politique.

Les propositions du médiateur, indiquent des sources proches du dialogue, prévoient aussi une conférence constitutionnelle qui sera composée des délégués issus de toutes les forces vives et les couches sociales du Niger et qui sera chargée d’élaborer et de soumettre au référendum le projet d’une nouvelle constitution. Ces mêmes sources rapportent que le document d’accord constituera la loi fondamentale du Niger pendant la transition et placé sous le contrôle d’un comité international de suivi qui comprendra les représentants de la CEDEAO, le médiateur de la CEDEAO, l’Union Africaine, les Nations Unies et la communauté internationale.

Le point d’achoppement des débats

Depuis trois jours que les pourparlers ont été engagés, les débats n’ont pas encore attaqué le fond du document du Médiateur. Si le document présenté par le Général Abdul Salami Abubakar semble constituer une bonne base de discussions comme l’a indiqué le Chef de délégation de la CFDR, Amadou Boubacar Cissé, il est met par contre, à nouveau, le MPRR en ordre de bataille. Protestation de Amadou Djibo Ali dit Max, porte-parole du MPRR qui avertit : ‘’nous ne pouvons pas faire l’économie d’un débat sur la légalité et la légitimité de la 6ème République et du référendum du 04 août 2009’’. Le débat a été occulté, va-t-il poursuivre, estimant qu’‘’il (ndlr : le médiateur) ne peut pas ne pas dire dans son rapport quelle est la genèse de ce qui a amené le peuple nigérien, souverainement de décider à faire un référendum et en plus de décider qu’il passe à une 6ème République’’. Un son de cloche qui marque l’effet de douche froide provoquée par le document du médiateur et les profondes divergences du MPRR avec les propositions du médiateur sur la forme. Le pouvoir persiste et signe sur la légalité et la légitimité de la 6ème République et du processus qui a conduit à son avènement, alors que le sommet de chefs d’Etats et de gouvernements de la CEDEAO, tenu à Abuja le 17 octobre 2009, qui désignait Abdul Salami Abubakar comme Médiateur, estimait clairement que la crise constitutionnelle du Niger découlait du référendum du 04 août 2009 qui a instauré la 6ème République, en violation des protocoles sur la Bonne gouvernance de la CEDEAO que le Niger a ratifiés. La délégation du pouvoir ne voulait pas d’une quelconque allusion à cette violation. Le début des travaux sera donc marqué par des suspensions où la délégation du MPRR laissait transparaître une menace de suspension au dialogue.

Depuis le démarrage de la rencontre conjointe entre les deux parties autour du médiateur, le dialogue n’a pas avancé, la délégation gouvernementale semblant se camper sur la forme du document proposé par le médiateur.

Le pouvoir joue au dilatoire

La situation est au statu quo. Mercredi 10 février 2010 à 18h 30 encore, les deux protagonistes de la crise n’ont pas enregistré la moindre avancée. Le temps presse et le médiateur veut amener les différentes parties à la signature d’un accord alors que les débats sur le fond piétinent. La proposition du pouvoir d’un débat en direct sur les ondes nationales n’a pas eu vraisemblablement l’agrément du camp de l’opposition qui invoque le règlement intérieur du dialogue qui indique clairement que les travaux en plénière doivent se tenir à huis clos. Face à cette attitude du MPRR, le camp de l’opposition va lâcher du lest pour accepter le principe du débat et tester par la même occasion la sincérité du camp du pouvoir à aller véritablement dans le sens d’un compromis. Dans la journée du mercredi 10 février 2010, les deux délégations seront écoutées séparément par le médiateur sur le processus ayant conduit à la crise, une exigence du MPRR qui sollicitait, coûte que coûte, à nouveau, d’expliquer le processus ayant conduit à l’avènement de la 6ème République. Jusqu’à 14h, la délégation du pouvoir expliquera au médiateur, en fait du déjà connu. L’opposition CFDR se consacrera également à cet exercice à son tour de 14h30mn jusqu’au-delà de 16 heures. Les choses n’ont pour autant pas avancé et la situation tend vers la rupture du dialogue. Pendant que la CFDR dénonce les manœuvres dilatoires du pouvoir, le MPRR crie au refus du débat de la part de l’opposition.

Les rideaux se renfermaient sur le dialogue inter nigérien dans la nuit du mercredi 10 février 2010 à 22 heures. De part et d’autres, les parties prenantes à la crise s’accusent mutuellement et défendent leurs arguments avec toutefois l’impression, pour chacun des deux camps d’avoir remporté la partie. Pour sa part, le Général Abdul Salami Abubakar qui a animé un point de presse autour de 23 heures indiquera qu’il a pris bonne note des arguments de chacune des deux parties et transmettra son rapport au prochain sommet des Chefs d’Etats et de gouvernements qui appréciera.

Le médiateur désigné de la CEDEAO, le général Abdul Salami Abubakar, traits tirés par la fatigue et la lassitude de longues journées de travail, doit quitter Niamey le jeudi 11 février. Pour l’instant, point où en sont les débats, Abdul Salami Abubakar risque de ne rien emporter dans sa valise que les propositions de sortie de crise qu’il a bien voulues faire signer par les protagonistes de la crise politique nigérienne. Il est fort à craindre que le dialogue inter nigérien se transforme en un cycle de rencontres répétitives et infructueuses qui ouvriraient la porte à une multitude de médiations.

De toutes les façons, les crises en Guinée et au Niger seront encore à l’ordre du jour du sommet d’Abuja du 16 février prochain, indique-t-on au niveau de la commission de l’institution communautaire. Si en Guinée le Président Blaise Compaoré a pu obtenir un accord entre les différents protagonistes, au Niger la situation reste la même, tendue avec le refus du Président Tandja et de ses partisans de reconnaître les violations du protocole d’accord sur la démocratie et la bonne gouvernance de la CEDEAO.

Mieux, selon des sources proches du pouvoir, les relations risquent de se détériorer davantage entre les autorités de Niamey et l’organisation communautaire qui, depuis le début de la crise a été vilipendée par les partisans du Président de la République qui lui reprochait son parti pris en faveur de l’opposition CFDR. Pour le moment, on n’en est pas là. Mais tout porte à croire que les choses vont encore se compliquer pour le régime de la 6ème République car au-delà de la CEDEAO, c’est l’Union Africaine, l’Union Européenne, l’organisation des Nations Unies et toute la communauté internationale qui attendent les conclusions du général Abdul Salami Abubakar pour se déterminer clairement sur la crise nigérienne. Déjà, on se rappelle, l’Union Européenne qui suit de très près la situation a donné 120 jours au gouvernement du Niger pour aboutir à une sortie de crise en ouvrant un dialogue inclusif. Des pourparlers qui visiblement n’ont pas bougé de façon significative à la date d’aujourd’hui.

Laoual Sallaou Ismaël

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