Liquidation de la SNTN : La SNTN tombe dans l’escarcelle de la BIA


Ça y est ! Ç’en est fini de la SNTN, ou plutôt de ce qui en reste. La SNTN est en passe d’être totalement liquidée par la BIA-Niger. Raison matérielle, un énorme passif financier constitué des dettes envers certains créanciers, notamment la BIA-Niger que la société est visiblement incapable de solder. En tout cas, la notification a été faite dans ce sens vendredi 5 février dernier par une note d’un huissier commis par la direction générale de la BIA.

Dans une note déposée sur les bureaux du directeur général de la SNTN, il est clairement indiqué que la société doit régler à la BIA-Niger un montant de dette égal à 2.178.243.374 FCFA. Dans un délai de 8 jours à compter de la date du 5 février, indique le document. Ce qui relève de l’impossible au regard de la situation financière actuelle de la boîte. A la limite de la provocation, a indiqué le directeur général de la SNTN dans une note d’information qu’il a adressée au Ministre de l’économie et des finances Ali Lamine Zeine. Et il sait de quoi il parle. A la SNTN en effet, ce ne sont pas les camions qui sont sur cales, c’est la société elle-même.

A la date du 27 décembre 2002, le montant de la dette de la SNTN auprès de la BIA se monte à 554.845.165 FCFA. Plombée par une gestion difficile, associée à une quasi absence d’investissements, la SNTN ne parviendra pas à faire face à ses engagements malgré un arrangement judiciaire entre la SNTN et la BIA-Niger qui devait permettre à terme l’apurement des dettes dans un délai de deux ans. Une série de conciliations judiciaires et d’avenants vont se succéder en cascade et qui vont à chaque étape convenir d’un processus de règlement de dettes, mais qui vont tous déboucher sur un fiasco complet. La SNTN ne parviendra pas à exécuter le paiement de ces dettes qui, d’année en année, vont être aggravées par les taux de pénalité.

En 2002, à la signature de la première conciliation judiciaire, le montant de la dette est égal à 554.845.165 FCFA, en 2004 il est de 792.700.571 FCFA. A la date du 1er avril 2005, le montant de la dette a atteint 846.208.665 FCFA. Les conciliations s’additionnent, les avenants se succèdent, la SNTN ne parvient pas à régler ses dettes. A la date du 25 janvier 2010, le montant de l’ardoise de la SNTN se chiffre à 2.374.809.524 FCFA.

Comment faire pour la SNTN pour éponger un passif aussi lourd sans s’effondrer ? Il faut dire que depuis janvier 2010 quand la direction générale de la BIA-Niger a manifesté son intention de régler définitivement cette situation, il va y avoir un ballet d’échanges de correspondances entre la direction de la société, le Ministère de l’économie et des finances, c’est-à-dire le ministère de tutelle du patrimoine de l’Etat et aussi la direction de la BIA-Niger pour trouver un mécanisme de règlement de cette créance avec moins de casse pour la SNTN.

Du côté du Ministère de la tutelle du patrimoine de l’Etat, on ne semble pas beaucoup trop préoccuper de cette affaire. Dans une correspondance en date du 28 janvier 2010 adressée à la direction de la SNTN qui appelle au secours, on a à peine parlé de l’établissement d’un échéancier par la SNTN, tenant compte de sa capacité financière réelle. Le Ministère de l’économie et des finances, ici, est loin d’avoir pris la mesure exacte de la situation. Car, de situation financière, la SNTN n’en a point. La BIA-Niger de son côté table sur les garanties hypothécaires qu’elle détient au niveau de la SNTN. Il s’agit du siège de la direction générale estimé pour une valeur de 718.243.374 FCFA, de l’installation SNTN d’Agadez évaluée à 200.000.000 de francs CFA, les bureaux et ateliers en zone industrielle à Niamey estimés à 1.200.000.000 FCFA. A cela la BIA retient aussi 15 camions d’une valeur totale de 900.000.000 de francs CFA.

Qu’est-ce qui restera désormais de la SNTN si la BIA-Niger mettait tout ce patrimoine en liquidation ? A coup sûr pas grand-chose. La SNTN va totalement fondre dans l’escarcelle de la BIA-Niger.

Il faut dire cependant que depuis 2008, au vu des perspectives minières qui se dessinaient, le gouvernement a voulu donner un nouveau souffle à la boîte. Le 16 mars 2008 exactement, une importante rencontre a regroupé le Ministre de l’économie et des finances, le ministre des transports, le directeur général de la SNTN ainsi que le directeur général de la SOPAMINE autour du Président Tandja Mamadou en présence de son directeur de cabinet. Il était question du redressement de la SNTN, et Tandja Mamadou a instruit le directeur général de la SNTN pour dresser une note de besoins financiers de la société. S’il y avait une nette volonté politique au départ, cette réunion de concertation ne débouchera toutefois sur rien, elle sera détournée vers d’autres enjeux. Un premier montant financier de 600 millions de francs va être fait par le directeur général de la SNTN à soumettre au ministre de l’économie et des finances pour renflouer les caisses de la SNTN pour la remise sur roues de certains camions et l’acquisition de 29 nouveaux camions. En l’absence du Ministre de l’économie et des finances, en mission à l’extérieur, le directeur général de la SOPAMINE qui est aussi associé au dossier va plutôt instruire son homologue de la SNTN pour une révision à la baisse de ce montant qui va être ramener à 450 millions de francs CFA. Le 28 mars 2008, le ministre de l’économie et des finances est rentré, le montant est accordé. Le directeur général de la SNTN et son directeur technique effectuent à leur tour une mission en Inde pour effectuer des prospections sur les spécifications des commandes à lancer. La SNTN semble avoir du vent en poupe puisque dans la même période le gouvernement indien accorde au Niger un crédit pour l’achat de 29 bus de fabrication indienne. Quels ont été les contours des manœuvres ou des concertations qui ont suivi ? Quel a été le rôle des différents acteurs ? La question reste entière. Les concertations vont continuer, mais pour donner une nouvelle orientation à l’option initiale de redressement ou de restructuration de la SNTN envisagée par Tandja Mamadou. Le directeur général de la SOPAMINE et le directeur de cabinet de la présidence vont encore rencontrer Tandja Mamadou. L’option de la commande des pièces détachées et de 29 camions nouveaux est abandonnée au profit d’une nouvelle opération, les 450 millions de francs vont être affectés à l’acquisition de 10 camions en Allemagne. D’autre part, la SNTN ne va pas réceptionner les nouvelles acquisitions. Les 29 camions achetés sur crédit indien et les 10 camions gros porteurs vont être initialement placés au niveau du garage administratif. Entre temps, une nouvelle société est créée, la SNTPS, société nigérienne de transport des produits stratégiques avec comme principaux actionnaires, l’Etat, la SPEN, la SOPAMINE et la SONIDEP qui vont hériter des camions gros porteurs initialement destinés à la SNTN. Quant aux bus, au nombre de 29, 20 vont être affectés en service au niveau des gouvernorats des régions, d’autres à l’Université et aux Ministères dans l’opération Programme Spécial du Président de la République. 9 bus vont être reversés dans le transport interurbain à Niamey. Il y a dans toute cette affaire un calcul stratégique sur des projections liées aux perspectives du transport des matières minières notamment l’uranium d’Imouraren. Il y a fort à craindre que la SNTN est désormais court-circuitée au profit d’autres acteurs.

Ibrahim Elhadj dit Hima

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