Echec du dialogue inter nigérien et relations internationales Tandja bluffe, Sarkozy plaide…


Au cours de ce mois de février, le Président Français Nicolas Sarkozy s’apprête à dépêcher, ici même à Niamey, son ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner ou celui de l’Industrie Christian Estrosi. Et pour cause ! Dissuader le président Mamadou Tandja de se rapprocher des Chinois et des Iraniens. Pour beaucoup d’observateurs, c’est là une mission kamikaze ! En effet, le Président nigérien habitué désormais à traiter gagnant- gagnant avec la France ne va-t-il pas mettre dans la balance des échanges un soutien de l’Elysée à sa 6ème République ? Du coup, à quoi faut-il s’attendre de l’Union Européenne  et du prochain sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO qui se tiendra, sauf report de dernière heure, le 18 février 2010 à Abuja ?

Perspectives de sanctions contre le régime de Niamey : la violence nourrit la violence…

Les Présidents Mamadou Tandja du Niger et Sarkozy de la France

A la pression de la communauté internationale, le régime contesté de Tandja a donc réagi par la pression intérieure. Il y a d’abord eu des arrestations des hommes politiques, des acteurs de la société civile et des journalistes. Des organes de presse ont été fermés sans autre forme de procès. Des manifestations pacifiques de l’opposition traitée de tous les noms d’oiseaux ont été interdites. Bref, le régime s’est cabré. Et il faut craindre que la violence ne nourrisse la violence dans ce pays de quelques 15 millions d’habitants, ayant un taux de croissance démographique élevé de 3,3% et en proie cette année à la famine (près de 7.800.000 personnes feraient face à une insécurité alimentaire) ! Puis, effrayé par la perspective des sanctions économiques agitées par l’Occident, Tandja Mamadou, tel un fauve traqué, s’est retourné contre ses poursuivants. Il menace alors de quitter la CEDEAO, à mot voilé, comme dans son message lors de la fête tournante de Diffa et caresse l’idée d’un élargissement de la carte diplomatique du Niger. C’est une sorte de réponse du berger à la bergère. La communauté internationale le sanctionne parce qu’elle ne l’aime pas non parce qu’il a remis en cause un processus démocratique. Donc, à son tour, il n’aime pas cette communauté internationale et il change de communauté.

Elargissement de la carte diplomatique : quelle réalité ?

Depuis quelque temps, sans rompre avec les partenaires occidentaux de notre pays, Tandja élargit son cercle d’amitié vers l’Asie et certains pays arabes d’Afrique dont l’Egypte et l’ALgérie. Récemment, il a accueilli le Président Sénégalais dans une tenue ‘’col Mao’’, comme on dit chez nous. C’est-là un signe qui montre qu’il porte les Chinois dans son cœur. Du reste, la Chine a raflé beaucoup d’offres juteuses au Niger ces derniers temps : permis miniers et pétroliers, exploitation pétrolifère et construction d’une raffinerie à Zinder, construction du 2ème pont, infrastructures (classes préfabriquées) ; pour ne citer que ceux-là. Et depuis quelques mois, des équipes prépareraient officieusement une visite du Président Tandja en Iran. Or, ce pays qui développe une activité nucléaire suspecte était devenu la préoccupation N° 1 de grandes puissances. Les défis de l’arme nucléaire que le Président Iranien agite dans cette partie du globe pourraient devenir une sérieuse menace pour l’ordre mondial. Qui sait si cela ne déclencherait pas une troisième guerre mondiale ? Pour posséder la bombe atomique, l’Iran a besoin de l’uranium. En grandes quantités. Le Niger, en passe de devenir le 2ème producteur d’uranium au monde après le Canada avec l’apport du groupe français AREVA qui investit 1,2 milliard d’euros dans un nouveau gisement, a arraché, dans le cadre des derniers accords de 2009, un important tonnage à mettre sur le marché mondial (certains parleraient de 300 tonnes de brut). En clair, le Niger serait prêt à vendre aux Iraniens son uranium brut.

Rapprochement avec les Chinois et les Iraniens ou chantage ?

Bingo ! Même si ce n’est que du chantage, Tandja aura quand même réussi à inquiéter les gendarmes du monde. En tête de ces puissances, la France. Déjà, Nicolas Sarkozy qui effectuera un voyage en Afrique fin février au Gabon et au Rwanda, a soigneusement évité de venir à Niamey. Il préfère donc envoyer un de ses ministres Kouchner ou Estrosi. Il est conscient que les souvenirs de sa visite shap- shap de mars 2009 sont encore vivaces dans les esprits puisque certains n’hésitent pas à l’accuser d’avoir encouragé le coup de force constitutionnel réalisé par Tandja Mamadou moins de trois mois après leur entrevue. Aujourd’hui, Sarkozy veut dissuader Tandja de se rapprocher des Chinois et des Iraniens. Un tel axe pourrait avoir des conséquences désastreuses sur la géopolitique mondiale. Car, malgré la pauvreté et le sous-développement qui frappent le Niger, il reste un important enjeu stratégique aussi bien pour l’ancien colonisateur que pour les Etats- Unis d’Amérique qui auraient installé un système de surveillance sophistiqué de grande couverture quelque part dans le désert nigérien. Alors que proposerait la France à Tandja pour l’amener à abandonner son rêve chinois et iranien ? Face au manque à gagner des 300 milliards de nos francs de l’Union Européenne, le soutien de la France, elle-même durement frappée par la crise économique, ne peut être que politique surtout avec l’échec des négociations entre la CFDR et le MPRR.

Echec du dialogue inter nigérien : une menace sur l’avenir…

La position géostratégique du Niger et les richesses minières de notre sous-sol expliquent, en partie, les émois de la communauté internationale face à la crise politique qui secoue notre pays. Ce sont d’ailleurs les pressions de cette même communauté internationale qui ont obligé les deux parties à s’asseoir autour d’une table des négociations sous les auspices du médiateur de la CEDEAO pour le Niger, le Général Abubakar Abdulsalami. A présent que profile à l’horizon l’échec de ce dialogue inter nigérien, la menace d’instabilité et de violence hante les esprits. Le fond contradictoire du message livré par la CFDR et le MPRR n’est pas pour arranger les choses.

Quoiqu’on dise, pour les populations nigériennes ce fut un échec. En fait, elles appréhendent déjà le climat de violence et d’intolérance qui va s’instaurer dans le pays remettant aux calendes grecques les perspectives de paix, de stabilité et de développement. Cela est d’autant plus inquiétant que quand les éléphants se battent dans la forêt, c’est l’herbe qui en pâtit !

Intérêts démocratiques et économiques : un choix difficile ?…

Dans cette gigantesque scène théâtrale qu’offre notre pays, dans ce choc viril d’intérêts souvent divergents de la classe politique nigérienne et de la communauté internationale, d’une part et d’autre part, des légitimes aspirations des pauvres populations nigériennes, qu’est-ce qui est le plus important ? Qui croit véritablement à la démocratie comme valeur universelle ? Le peuple ? La classe politique ou la communauté internationale ? Autrement dit, la France vient-elle au Niger pour nous sauver de l’apocalypse ou pour préserver ses intérêts économiques et ceux des autres grands du monde ?

En tout état de cause, il importe que les Nigériens fassent le distinguo entre les valeurs démocratiques et le vernis démocratique. Sarkozy l’a souvent répété : « la France n’a que des intérêts ! ». Comprenez que si la France a un choix à faire entre le démocratique et l’économique, elle choisirait sans hésiter… l’économique. Les Etats-Unis d’Amérique agiront ainsi. L’Union Européenne de même. La Chine et ainsi de suite. Où est le choix pour le peuple nigérien ???                                                                               A.I.

Paru dans le canard déchaîné N°415

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