Scandale à la justice Décision de justice ou escroquerie sentimentale ?


On raconte dans l’histoire ancienne, qu’un jour, un roi conduisant son peuple à une guerre, confia le drapeau de son royaume à un de ses subordonnés. Le choix de ce subordonné n’était pas fortuit. Le suzerain en question convoitait son épouse et la voulait pour lui. Le détenteur du drapeau étant généralement l’un des premiers à mourir au combat, on comprend donc le dessein nourri par le roi. Ainsi l’homme qui portait le drapeau mourut et le roi épousa sa femme. Comme si l’histoire voulait se répéter, un semblant de fait vient de se répéter au Niger. Mais il ne s’agit pas d’un roi et il n’est pas non plus question de drapeau, ni de guerre.

Nous sommes le 7 juin 2009, un homme et une femme convolaient en justes noces. L’homme est un Magistrat et la femme, l’ex- épouse d’un Conseiller Pédagogique. Jusque-là, rien d’extraordinaire. Mais le même jour des noces, l’ex-mari adressa une correspondance au Président de la République avec pour objet ‘’plainte’’ (voir correspondance en fac-similé). Plainte contre qui ? Contre le Magistrat Sadou Aladoua, ancien doyen des juges au tribunal de Grandes Instances Hors Classe de Niamey, ancien Secrétaire Général du SAMAN, actuel Président du Tribunal de Grandes Instances de Tillabéri, qui a épousé son ex- épouse. Selon lui, il avait porté plainte auprès du Magistrat qui servait, à l’époque des faits, en qualité de juge dans une des communes de Niamey aux fins d’être éclairé sur l’authenticité d’un papier de répudiation que sa femme « s’était fait délivrer de façon unilatérale par le Président de l’Association Islamique de Niamey ». Et toujours lui de poursuivre «… Après lui avoir fait la genèse de la situation, il m’a remis une convocation pour ma femme tout en confirmant que le président de l’association n’est pas habilité à délivrer des papiers de répudiation qui est une prérogative du juge… ». Selon toujours le plaignant Conseiller Pédagogique, le juge a fini par épouser son ex femme non sans qu’il ait été l’objet de harcèlement. Pour lui, son divorce n’était pas « la ferme volonté » de son épouse mais «  elle a agi sous l’effet des avances émanant de ce magistrat sans scrupule » et que par conséquent, il demande au Président de la République, en sa qualité de « Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, Premier Magistrat du Niger (…) que justice soit faite ».

En attendant de voir clair dans cette affaire, quelques questions s’imposent : le juge a-t-il le droit d’épouser une femme divorcée ? Oui. Peut-il prendre pour épouse, la femme d’un de ses plaignants ? Oui. Même si c’est lui qui a prononcé le divorce entre le plaignant et la femme qu’il a épousée ? Là, c’est suspect. Peut-on être juge et partie ? Pour le commun des mortels, pour le néophyte de la chose judiciaire, la question ne se pose pas, on ne peut pas être l’un et l’autre à la fois. Mais dans cette affaire, il est possible qu’il en soit autrement, dans la mesure où les arguments apparemment solides du Conseiller Pédagogique peuvent être détruits par la défense du juge. Car dans la justice, ce n’est pas toujours évident que ce qui relève du droit comporte la morale. La décision de divorce prononcée par ce juge n’est- elle pas motivée par sa libido incontrôlée puisque le plaignant dit l’avoir surpris plus d’une fois en compagnie de sa femme avant que la décision ne soit prononcée ? Y a-t- il justice ou escroquerie lorsqu’un juge utilise des prérogatives que lui donne la loi pour détruire un foyer, priver des innocents de l’affection de leur mère aux fins de se satisfaire ? La justice sociale à laquelle aspirent les populations nigériennes qui, par leurs impôts, ont assuré les études de ce juge, garantissent aujourd’hui son salaire et ses conditions idoines de travail peut-elle s’accommoder de ce genre des comportements immoraux ? Face à un tel acte, le serment est- il une garantie suffisante q’un juge se conduirait, en tout temps et en tout lieu, en un loyal serviteur de la nation ? Des hommes politiques et des juges, qui met le plus en danger l’indépendance et la crédibilité de la justice ? Il y a du travail, au Niger, vraiment ! A présent, la balle est dans le camp du Premier magistrat du Niger et son opération « main propre » pour mettre les Nigériens à l’abri des hommes de loi sans scrupules.

A.I.

 

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