Coup d’Etat au Niger: Le régime de la 6ème République tombe…


Hier, jeudi 18 février 2010, les forces de défense et de sécurité sont sorties de leurs casernes et ont mis fin au régime de la 6ème République du Président Tandja Mamadou. C’était dans les environs de 13 heures que les premiers coups de feu ont été entendus au niveau du Palais présidentiel. Les échanges de tirs entre les putschistes et les éléments de la garde présidentiel ont duré près de deux heures. Ce coup d’Etat intervient au moment où le Président Tandja dirigeait un conseil des Ministres. Il se susurre que ce conseil extraordinaire devait prendre des décisions graves à savoir le retrait du Niger de toutes les instances de la CEDEAO, mais aussi de procéder à l’arrestation de certains grands militaires de l’armée nigérienne. Deux noms seraient pêle-mêle cités, il s’agit du Général Moumouni Boureima, le chef d’Etat major général de l’armée et le colonel Djibrilla Hima Hamidou dit Pélé.

Dans les environs de 22 heures, les mutins ont sorti un communiqué de presse dans lequel ils justifient leur acte. Ainsi, la constitution de la 6ème République a été suspendue. Les putschistes réaffirment leur respect à tous les traités et conventions internationaux précédemment signés par le Niger. Le porte-parole des mutins, le Colonel Abdoul Karim Goukoye a aussi rappelé qu’ils sont venus pour restaurer la démocratie et la bonne gouvernance. C’est d’ailleurs le nom de leur structure, Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD). Ils ont aussi lancé un appel à la communauté internationale afin qu’elle vienne en aide aux populations nigériennes dans l’épreuve de la famine qui sévit actuellement dans les différentes contrées du Niger.

Ce conseil suprême sera dirigé par un commandant de la gendarmerie, le commandant Djibo Salifou. La particularité de ce coup d’Etat, c’est que parmi les mutins, pour l’instant, le nom d’aucun général de l’armée n’est cité. Aussi, parmi les mutins, on a constaté la présence des éléments de la gendarmerie nationale du Niger, de la compagnie d’appui, des sapeurs pompiers, de l’escadron blindé. Pour l’instant, le bilan humain n’est pas encore connu. Mais d’aucuns parlent de plus d’une dizaine de morts. Quant au Président de la République déposé le colonel à la retraite Mamadou Tandja il est toujours retenu dans les mains des mutins. Pour le moment, selon certaines sources, il serait retenu à la compagnie d’appui de Niamey ou au groupement d’instruction de Tondibiya, à quelques kilomètres de Niamey.

Quant aux ministres du gouvernement, ils seraient toujours gardés au niveau du Conseil supérieur de la Communication. Lors de la lecture du communiqué à la compagnie d’appui, certains ont remarqué la présence de trois personnalités, à savoir, le président de l’Assemblée Nationale Seïni Oumarou, le Premier Ministre Ali Badjo Gamatié et le Ministre de la Justice, Garba Lompo. Un couvre-feu a été instauré de 18 heures à 6 h du matin. Aussi, toutes les frontières aériennes et terrestres ont pour l’instant été fermées jusqu’à nouvel ordre. Ce qu’il faut dire, c’est que le Niger vit depuis le mois d’août 2009 dans une crise politique sans précédent suite à la décision du Président Tandja de faire recours au référendum constitutionnel pour se maintenir au Niger.

Cette situation a rendu les rapports entre les différents acteurs de la classe politique nigérienne tendus. Constatant l’état de dégradation de ces relations, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, CEDEAO a désigné, lors de sa session tenue en février 2009, un médiateur qui doit prendre en charge le dossier du Niger. Depuis le 21 Decembre 2009, le médiateur désigné le Général à la retraire Abdul Salami Abubakar, l’ancien Président de la République Fédérale du Niger a rencontré toutes les parties prenantes à la crise politique nigérienne. A l’issue de plusieurs rounds de discussions séparées entre les différents acteurs, le médiateur de la CEDEAO a demandé aux parties de faire des propositions écrites à lui soumettre. Ce qui fut fait.

Du côté des partis politiques et organisations de la société civile qui soutiennent le Président Mamadou Tandja, les propositions faites au médiateur comportent le maintien de la constitution de la 6ème République et toutes les institutions qui en sont issues. La concession faite par les partisans du régime concerne les autres élections départementales et régionales ainsi que l’ouverture du gouvernement à l’opposition. Et aussi de porter le nombre des députés de 113 à 160 pour prendre en compte la participation de l’opposition nigérienne. Du côté de l’opposition justement, les propositions d’une transition démocratique dans laquelle le Président Tandja Mamadou doit avoir juste des prérogatives réduites avec un Premier Ministre issue de l’opposition ont été soulevées.

Mais aussi, de fixer un calendrier pour l’organisation des élections générales, les municipales, les législatives et les présidentielles. A son côté le médiateur de la CEDEAO Abdul Salami a fait la synthèse de toutes les propositions des deux parties. Ainsi, il a été retenu de part et d’autre, les préoccupations de toutes les parties, l’ouverture de l’Assemblée Nationale et la nomination d’un Premier Ministre de consensus, mais aussi de fixer le calendrier des élections générales dont le Président Tandja organisera avec l’appui du Premier Ministre de l’opposition qui est chef de l’armée, chef du gouvernement. A l’issue de tous les rounds de négociations, aucune partie n’a voulu céder ces exigences. Le blocage a persisté jusqu’à l’ouverture de la 37ème session des chefs d’Etat et de gouvernements tenue à Abuja le 16 février dernier.

Ainsi, les chefs d’Etat et de gouvernement, après avoir suivi le médiateur de la CEDEAO, ont décidé de maintenir la suspension du Niger des instances de l’institution communautaire jusqu’à un retour à l’ordre constitutionnel normal. La réunion a renforcé la médiation de Abdul Salami en lui adjoignant le Président du Sénégal Me Abdoulaye Wade et aussi un représentant de l’Union Africaine. Au cours de cette rencontre d’Abuja, toutes les deux parties en conflit sont représentées avec chacune une délégation. A leur arrivée à Niamey, les délégations du MPRR et de la CFDR ont fait des déclarations. Mais fondamentalement dans leurs interventions on ne sentait pas un changement de position.

Le Premier Ministre du Niger, Ali Badjo Gamatié, après son retour d’Abuja, le mercredi 17 février dernier, a animé un point de presse dans lequel, il soutient qu’il n’est pas question pour eux d’accepter une transition. Il n’y a qu’un seul fauteuil présidentiel, et c’est Tandja qui l’occupe. Un défi à toutes les parties, comme pour dire que les nouvelles négociations qui vont s’ouvrir n’auront aucune chance d’aboutir à une issue heureuse. Certaines indiscrétions pensent que cette intervention du Premier Ministre Ali Badjo Gamatié, a précipité les choses, puisque toutes les parties prenantes au dialogue nigérien n’ont pas été épargnées par ses remontrances.

Il faut dire que ce coup d’Etat est le 4ème du genre depuis l’indépendance du Niger en 1960. Ainsi en 1974 des militaires à la tête desquels se trouve le colonel Seyni Kountché, ont fait irruption dans la scène politique nigérienne en mettant fin au régime du Président Diori Hamani. L’intervention des militaires au moment des faits, fait suite aux graves dissensions entre le pouvoir et l’opposition de l’époque. Le second coup de force dirigé par le Colonel Ibrahim Maïnassara Baré et un groupe de 12 officiers de l’armée nigérienne a eu lieu en janvier 1996. Il est comme le premier intervenu au moment où la classe politique nigérienne a été sérieusement divisée et où le fonctionnement régulier les institutions républicaines a été menacé.

Le 3ème coup d’Etat, celui du Commandant Daouda Malam Wanké du 09 avril 1999 est aussi perpétré suite à l’incompréhension qui s’est installé entre les acteurs de la classe politique nigérienne. Ce dernier coup d’Etat du 18 février 2010 procède aussi de la même logique.

Ibrahim Amadou

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