Coup d’Etat militaire au Niger : L’armée chasse le régime de Tandja


C’est fini, le régime de la 6ème République est tombé. Jeudi 18 février dernier, un groupe de jeunes militaires avec à leur tête des officiers de FAN a fait irruption au palais de la présidence de la République où ils ont procédé à l’arrestation du chef de l’Etat Tandja Mamadou ainsi que des membres du gouvernement. C’était en début de l’après-midi de ce jeudi 18 quand des détonations d’armes lourdes suivies de crépitement d’armes légères ont retenti du côté du palais de la présidence de la République. Ce jeudi, le chef de l’Etat et les membres du gouvernement tenaient un conseil des ministres extraordinaire.

Des mesures importantes étaient attendues de ce conseil des Ministres à en croire le Premier Ministre Ali Badjo Gamatié qui, la veille, le mercredi 17 février, au cours d’un point de presse, a annoncé la tenue d’un conseil des ministres sur des questions d’une importance capitale. Ces annonces ne seront jamais connues. Le jeudi, la junte militaire a investi le palais pour s’emparer du pouvoir.

La prise du pouvoir a été menée par les éléments de la compagnie d’appui et de la compagnie para. Il y aura suffi d’une demie heure aux éléments putschistes pour venir à bout de la garde présidentielle qui, selon plusieurs témoignages n’a pas opposé une réelle résistance. Sur la place de la présidence, les éléments de la garde présidentielle vont vite se rallier aux putschistes, puis un petit groupe d’officiers va pénétrer dans la salle des réunions du conseil des ministres pour procéder à l’arrestation de Tandja Mamadou et des membres du gouvernement. Tandja Mamadou sera conduit vers une caserne de la périphérie de Niamey. On a parlé de Tondibiya avant d’être ramené dans les compagnies de Niamey, les membres du gouvernement seront à leur tour conduits dans les locaux du conseil supérieur de la communication avant d’être transférés dans les locaux de l’intendance militaire. Plusieurs témoins ont parlé de plusieurs morts dans les rangs des militaires. Plus d’une dizaine, indiquent notamment certaines sources. Les impacts des tirs d’obus de canons de la compagnie d’appui étaient nettement visibles dans les murs littéralement éventrés du palais de la présidence ainsi que d’autres bâtiments administratifs voisins.

Une situation de flottement le jeudi 18 février

Le pouvoir de Tandja était-il renversé ou bien la situation a été retournée ? Loin du théâtre des opérations, la population de Niamey allait de son commentaire. Les supputations et commentaires ont couru toute la journée sur la réussite totale du renversement du pouvoir alors que d’autres parlent plutôt de l’échec des putschistes qui auraient été repoussés sous le feu de la garde présidentielle. Alors que la population est restée rivée sur les chaînes des médias gouvernementaux, aucun communiqué officiel n’est intervenu pour clarifier les choses. C’est seulement tard la nuit, autour de 22 heures que le premier communiqué de l’armée va intervenir pour annoncer la prise du pouvoir par l’armée. Ce jeudi 18 février, l’armée a décidé de prendre toutes ses responsabilités pour mettre «fin à la situation politique tendue… », indique le communiqué lu par le porte-parole de l’armée le Colonel Abdoul Karim Goukoye. Pour sauver le Niger de la pauvreté, du mensonge et de la corruption, a aussi ajouté le communiqué militaire qui a aussi annoncé la dissolution de la constitution de la 6ème République et de toutes les institutions qui en sont issues. Les communiqués vont se succéder, la nouvelle junte militaire est organisée au sein du Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD) dirigé par le chef d’escadron Salou Djibo investi aux fonctions du chef de l’Etat. D’autres figures militaires apparaissent et d’autres noms aussi, le Capitaine Djibrilla Adamou Harouna, commandant de la compagnie para, porte-parole du CSRD et qui a pris une part active aux côtés du chef d’escadron Salou Djibo dans l’exécution du coup, le Colonel Djibrilla Hima Hamidou, commandant de la Zone de défense N°1, le Colonel Hassan Mossi de la base aérienne…

Jeudi 18 février, tout doute est écarté, l’armée à clos le débat, Tandja et la 6ème République sont désormais tombés. Au niveau de l’opinion, il y a comme une sorte de libération ou de soulagement. Les toutes premières réactions étrangères à condamner le coup d’Etat militaire du jeudi 18 février étaient timides. L’Union Africaine a sacrifié au principe en parlant de la suspension du Niger jusqu’au retour à l’ordre constitutionnel normal. Du côté des représentations occidentales, on insistera surtout sur l’ouverture d’une transition, la plus courte possible, pour aller vers des élections démocratiques.

Alioune Thin de la RADDHO, dira qu’il est malaisé de condamner le coup de force de l’armée intervenu au Niger, tant la situation était tendue et l’échec des négociations menées sous la houlette de la CEDEAO étaient tombées dans l’impasse. Il n’y avait pas d’autres alternatives, a indiqué le représentant de l’Organisation africaine des droits de l’homme.

Un coup d’Etat logique

Sur quoi reposaient les assurances de Tandja quand il a rejeté les solutions de sortie de crise de la CEDEAO et qu’il a annoncé en présence du Président sénégalais Abdoulaye Wade au sujet de la 6ème République que la discussion est finie, le mouton est coupé ? Depuis le départ, il est clair que Tandja Mamadou avait fait un pari trop risqué. Le référendum du 04 août 2009, il savait que c’était une opération de coup de force et que le peuple et les grands chantiers n’étaient qu’un prétexte. Déjà en ce moment là, la situation était extrêmement tendue et les signaux émanant des casernes n’étaient point favorables. La tournée du chef d’Etat major des armées dans les casernes de l’intérieur du pays cachait mal la gêne et l’irritation au sein de l’armée. Tandja était isolé et l’équilibre du pouvoir ne tenait plus sur grand-chose. Avec la cascade de dissolutions des institutions de la République, l’Assemblée Nationale, puis la cour constitutionnelle et la constitution de la 5ème République, Tandja a perdu le soutien de la majorité de la classe politique nationale entrée en ébullition et de la communauté internationale qui a multiplié les mesures de sanctions. Les propositions de sortie de crise issues de la médiation de la CEDEAO n’auront aucun succès auprès de Tandja Mamadou qui s’est enfermé dans un petit groupe d’activistes qui menaçaient de le pousser à retirer le Niger de toute participation au sein de l’organisation sous-régionale. Le sommet de la CEDEAO du 17 octobre 2009 et la mission de la présidente du Libéria Hellen Johnson Sirleaf, le sommet des chefs d’Etat de l’Union Africaine de janvier 2010 et encore la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO du 16 février dernier n’ont obtenu aucun fléchissement de Tandja Mamadou qui a continué à défier tout le monde, laissant la situation de la crise politique pourrir progressivement.

On a voulu donner à Tandja Mamadou une dernière chance avec le dialogue conduit par l’ancien Président nigérian Abdul Salami Abubakar, a indiqué lundi 22 février dernier le Colonel Djibrilla Hima Hamidou, sur les ondes de RFI. La situation ne s’est pas améliorée, les négociations de dernière chance ont été rejetées par Tandja Mamadou. Ce n’est pas un coup d’Etat, c’est un rétablissement de la démocratie, a indiqué le colonel Djibrilla Hima Hamidou. Pour la mission conjointe de la CEDEAO, de l’Union Africaine et des Nations Unies qui a rencontré les nouvelles autorités militaires au pouvoir à Niamey depuis le renversement du régime de Tandja Mamadou, l’heure est aux discussions sur l’ouverture d’une transition qui doit déboucher à terme sur le retour du Niger à l’ordre constitutionnelle normal.

Ibrahim Elhadj dit Hima

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