«…Faites en sorte que votre transition soit la plus courte possible ! Un homme valeureux, c’est avant tout un homme qui respecte ses engagements…», déclare Mme Mariama Chipkaou Secrétaire Général du SNEN


Successeur de Kassoum Issa, Mariama Chipkaou était, depuis décembre 2009, secrétaire général du Syndicat national des enseignants du Niger (SNEN). Dans une interview qu’elle nous a accordée, la première femme élue à ce si important poste au sein du premier syndicat d’enseignants au Niger, porte ses appréciations sur son élection, la situation relative aux coupures illégitimes et désordonnées sur les salaires des enseignants par plusieurs syndicats, la prolifération des syndicats, l’école nigérienne et la situation politique au Niger.

Actualité : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs Mme la Secrétaire générale ?

Mariama Chipkaou : Je m’appelle Mariama Chipkaou, je suis née le 3 juin 1969 à Tibiri (Doutchi). Je suis inspectrice de l’enseignement de base, chef de service adjointe à l’Inspection de l’Enseignement de base de la Commune I de Niamey, Secrétaire Générale du SNEN depuis le 31 décembre 2009.

Après trois mois à la tête du SNEN, quel bilan pouvez-vous en tirer ?

Comme au début de chaque mandat, nous avons connu un petit ralentissement dans l’exécution des activités, du fait de la passation de service entre les bureaux entrant et sortant. Bien avant cela, c’est-à-dire juste une semaine après le congrès, le nouveau bureau exécutif s’est attelé à l’élaboration du règlement intérieur et à la mise au propre des travaux du congrès qui l’a élu, le discours qu’il a eu à remettre solennellement à ses partenaires, notamment les ministres en charge de l’éducation. Chacun des huit départements du Bureau exécutif national (BEN/SNEN) est en train de mettre en œuvre les activités dont il a été responsabilisé par le plan d’action. Nous avons eu plusieurs rencontres avec les ministres en charge de l’éducation et celui de la Fonction publique de l’époque, pour régler certaines questions, notamment la mise en position de stage de nos camarades, l’absence d’un plan de formation des agents, notre désir d’un retour à la journée continue, l’apurement des incidences financières.

Notre plate-forme revendicative minimale est déjà prête et nous osons espérer trouver une satisfaction auprès de nos partenaires puisqu’ils ne sont pas des politiciens. Nous supposons qu’ils ont le même point de vue que nous, celui de créer les conditions d’une éducation de qualité au service de la nation. Nous sommes également en train de renouveler nos structures conformément aux dispositions de nos textes et bientôt nous allons entreprendre une mission nationale qui va nous permettre de nous rendre dans l’ensemble des sections qui constituent notre organisation. Cette mission d’information nous permettra d’obtenir une totale adhésion et le soutien dont nous avons besoin pour la défense de notre plate-forme. Nos activités avec nos partenaires internationaux et nationaux se déroulent normalement hormis certaines qui ont connu un décalage dans leur mise en œuvre du fait du contexte politique qui nous a été imposé.

Comment peut-on devenir S.G. du SNEN quand on est femme et surtout quand on sait que ce syndicat a, de tout temps, été dirigé par des hommes ?

La femme, tout comme l’homme, peut-être SG du SNEN. L’essentiel est que tous les deux sexes soient enseignants, militants du SNEN qui ont eu à assumer une responsabilité syndicale au niveau régional ou local et ce, pendant au moins deux mandats. Le/ou la camarade intéressé doit obtenir l’accord de sa section puis de sa région qui proposera sa candidature à l’Assemblée générale annuelle qui peut accepter ou rejeter la candidature. Les textes du SNEN, tout comme beaucoup de textes, ne sont pas discriminatoires, mais c’est surtout dans la pratique qu’on se rend compte qu’ils donnent peu de chance aux femmes d’accéder à ce genre de responsabilité compte tenu de notre contexte, j’allais dire notre réalité socioprofessionnelle qui laisse peu de temps à la femme.

Il faut souligner que le syndicat est un monde réservé aux hommes même pour beaucoup de responsables syndicaux qui ne ratent aucune occasion pour le rappeler aux femmes, comme moi, qui osent s’aventurer à accéder à un niveau si élevé de la hiérarchie syndicale.

Pour y accéder et pour se maintenir, les femmes doivent se former, acquérir une certaine expérience, savoir s’imposer et être courageuses.

Avez-vous rencontré des résistances, quand vous avez décidé de faire acte de candidature ?

Il s’agit plutôt des inquiétudes à travers des propos à peine voilés pour me reprocher mon audace, car pour certains, il est encore trop tôt pour laisser les commandes du SNEN entre les mains d’une femme et ce, quel que soit son cursus syndical. Pour d’autres, c’est un pari, ceux-ci sont déjà dans le compte à rebours, car la fin de l’épisode ne va pas tarder à arriver. Heureusement pour moi, la majorité des responsables syndicaux du SNEN ont dépassé ces considérations.

Quelle touche féminine particulière comptez-vous apporter au SNEN tout au long de votre mandat ?

Faites un tour au siège du SNEN, vous verrez le nouveau visage du SNEN. Il s’agit de l’aspect physique de notre siège (salubrité, accueil, rythme de réunion). Il n’est peut-être pas bon de dévoiler toutes ses stratégies, mais je peux déjà vous dire que le réseau des femmes enseignantes du Niger (REFEN), qui est une commission spécialisée du SNEN, est à pied d’œuvre pour amener toutes les femmes enseignantes à se mobiliser autour de notre organisation pour une meilleure prise en compte des préoccupations qui leur sont spécifiques. J’ajouterai aussi que nous sommes en train d’enregistrer beaucoup d’adhésions de militantes et militants au niveau de toutes nos sections.

Beaucoup d’enseignants se plaignent des coupures intempestives de la part des syndicats dont ils ignorent même l’existence. A votre niveau, comment compte- vous sécuriser les salaires de vos militants et militantes ?

La première mesure que nous avons eu à prendre au congrès de Maradi, c’est de modifier le montant de la cotisation. Nous sommes en train de chercher une clé que nous allons utiliser sur le listing de nos militants. Cette clé va interdire l’accès au salaire du militant coupé par le SNEN de se retrouver coupé par un autre syndicat au cours de la même année.

Quelle appréciation faite- vous relativement à la prolifération des syndicats dans le secteur de l’éducation ?

La liberté syndicale est consacrée par les normes internationales du travail, c’est donc un principe que nous respectons, nous disons tout de même que le pluralisme syndical, tel qu’il est en train de se développer dans le secteur de l’éducation, risque d’émousser l’élan de tous les syndicats. Mais si tous ces syndicats s’unissent pour parler d’une même voix, la plupart de leurs revendications seront satisfaites au grand bonheur de toutes les enseignantes et de tous les enseignants du Niger.

Comment arrivez-vous à cumuler le syndicalisme, votre profession d’inspecteur pédagogique et la gestion du foyer conjugal ?

Je fais un planning quotidien de mes activités. Il m’arrive souvent de le modifier devant certains impératifs.

Etes-vous optimiste ou pessimiste quant à l’avenir de l’école nigérienne ?

Il m’est difficile de répondre à cette question, puisque nous ne disposons pas aujourd’hui encore d’un indice fort qui montre que nous tendons vers une éducation de qualité qui est aujourd’hui notre préoccupation majeure. Nous allons continuer à faire le plaidoyer que nous avons toujours fait auprès de nos partenaires, à interpeller les autorités sur leurs responsabilités et à aider nos camarades à mieux faire leur travail qui est, avant tout, notre raison d’être, en tant que syndicat du secteur de l’éducation.

Quel jugement portez-vous sur la situation socio-politique du Niger ?

‘’On ne peut que faire avec’’, comme on dit. J’exprime ici mon amertume et ma déception devant le comportement mesquin de certains politiciens, intellectuels et autres (j’hésite à les qualifier de citoyens nigériens) fossoyeurs, qui nous ont conduits dans cette situation. Informez-vous sur nos activités avec des financements bloqués ou annulés, du fait de cette situation.

Demandez aux Nigériens qui ont eu la possibilité d’aller à l’extérieur, ils sont gênés et éprouvent de la honte devant les autres nationalités. Nous qui étions cités en exemple, nous étions là, prêts à donner des leçons, des conseils aux autres, nous voilà aujourd’hui dans les avions entrain de chercher à nous justifier, à chercher l’indulgence des autres ! J’espère que chacun a appris la leçon que le Niger ne va plus jamais revivre cela.

Si vous avez la possibilité de prodiguer des conseils au chef de l’État, le chef d’escadron Djibo Salou, lesquels lui auriez-vous donnés ?

Je lui dirai ceci : Excellence, mettez-vous au dessus de la mêlée. N’oubliez pas cet adage qui dit « qui aime bien, châtie bien ». Si vous voulez réellement rendre service à la nation toute entière, dépolitisez l’administration et surtout l’administration scolaire, aidez-nous à changer le mauvais comportement qui fait légion dans notre société, en mettant l’accent sur la qualité de l’éducation. Faites en sorte que votre transition soit la plus courte possible ! Un homme valeureux, c’est avant tout un homme qui respecte ses engagements. Pour l’instant, je lui souhaite bonne chance et qu’Allah guide ses pas pour mener à bien cette charge que le peuple nigérien en général et ses frères d’armes en particulier ont bien voulu lui confier.

Propos recueillis par Bazo Maâzou

Paru dans Actualité N°34

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